Et si l’Éthiopie se démocratisait
14 février 2012
Un recul démocratique majeur à la suite des élections contestées de 2005, des opposants du régime et des journalistes arrêtés pour «terrorisme», ainsi que des déplacements forcés dénoncés par Human Rights Watch.

Une situation bien loin de s’améliorer, mais qui n’est pas passée sous silence.

La démocratie en Éthiopie? Plutôt la gouvernance autoritaire d’un chef politique qui entretient les conflits ethniques du pays et qui détient une soif accrue de pouvoir depuis son ascension en 1991. Sans oublier qu’en raison de son importance géopolitique, il est faux d’espérer toute intervention internationale dans un avenir proche, déléguant tout le fardeau sur la population.

Mais avant de spéculer sur l’avenir démocratique éthiopien, un petit cours d’histoire s’impose. Reconnue comme la mère patrie du «rastafarisme», l’Éthiopie s’est rapidement émancipée grâce au célèbre Empereur Haile Selassie. Renversée en 1974 par le Général Mengistu, la monarchie est devenue un régime marxiste-léniniste jusqu’à la révolution éthiopienne de 1991. Un an plus tard, Meles Zenawi est élu lors des premières élections démocratiques du pays et n’a jamais cédé le pouvoir depuis.

En bref, l’histoire moderne de l’Éthiopie se résume par seulement trois changements politiques majeurs. De ce fait, le pays s’enfonce vers les bas-fonds d’un régime dictatorial endurci.

Ceci dit, malgré le pessimisme ambiant entretenu par certains à l’égard de la démocratie africaine, d’autres se mobilisent, ne s’y reprenant pas deux fois avant de dénoncer tout acte non justifié, voire controversé. Solidarity Movement for a New Ethiopia, qui milite pour l’humanité avant l’ethnicité, enchaîne les dénonciations, met le gouvernement éthiopien dans l’embarras et mobilise la diaspora pour ne rien garder sous silence.

Par ailleurs, ce mouvement réitère ce qu’Amnistie internationale et Human Rights Watch dénoncent depuis plusieurs années, soit l’abus des droits de l’Homme alimentés par une politique basée sur la division ethnique et l’oppression systématique.

Pourtant, cette oppression n’a rien de nouveau. À la suite des élections de 2005, Meles Zenawi a banni toute forme de manifestation pendant un mois et a refusé d’accepter sa défaite. En 2009, le gouvernement éthiopien passe une loi visant à criminaliser toute activité reliée à la protection des droits de l’Homme par des organisations non gouvernementales (ONG) étrangères et locales. Deux ans plus tard, celui-ci s’engage dans une chasse aux terroristes, arrêtant plus de 150 activistes et journalistes. Enfin, d’ici 2013, plus d’un million d’Éthiopiens seront déplacés de force afin de libérer des terres destinées à des investisseurs étrangers.

Ce n’est donc pas sans raison que Solidarity Movement for a New Ethiopia s’est engagé dans une croisade mobilisatrice contre ce régime pseudo démocratique. Malheureusement confiné à l’extérieur du pays et isolé de la réalité éthiopienne, ce mouvement n’est pas en mesure d’influencer un quelconque changement sans appui étranger.

Puisque l’Éthiopie offre l’image d’un pays stable en comparaison avec la Somalie et le Soudan où la réalité est moins rose, la communauté internationale se contente de faire preuve de diplomatie et refuse de mettre une véritable pression sur le gouvernement de Zenawi. C’est à croire que l’histoire se répète et que les gains politiques et économiques prévalent sur la démocratisation et la protection des droits de l’Homme.

Ainsi, pendant que tous les yeux sont rivés sur la Syrie, que la révolution est à la mode et que chacun spécule sur le prochain coup d’État, toutes mes pensées vont à l’Éthiopie qui mériterait son propre printemps africain.