Overdose de rose
31 janvier 2012
Rose: cette couleur symbole de la lutte contre le cancer porte en fait le chapeau d’une industrie hypocrite et mensongère.

Léa Pool (Emporte-moi, Maman est chez le coiffeur) explore cette hypothèse controversée dans L’Industrie du ruban rose, la toute dernière production de l’Office National du Film. Il était temps. Malgré l’indignation que cette question soulève, se demander si les profits provenant de la lutte contre le cancer du sein (campagnes publicitaires, marches et produits dérivés à n’en plus finir) profitent réellement et directement à la cause. Quelle cause? Celle de la recherche d’un remède à la maladie ou celle d’une nouvelle avenue de profit pour plusieurs dizaines de compagnies?

Photo: Léa Pool

Chaque année, les levées de fonds en tous genres rapportent des millions de dollars, car la cause rassemble et mobilise, tout particulièrement aux États-Unis. Par la même occasion, toutes sortes de compagnies y trouvent leur compte. Il ne faut pas être un génie en économie pour s’apercevoir qu’un aspirateur portant le signe du ruban rose se vend nécessairement mieux qu’un même aspirateur sans prétentions philanthropiques.

Pourtant, alors que l’argent s’entasse, il semble ne pas y avoir de suivi, ni de données claires concernant l’allocation des fonds, ni de détails sur la coordination des recherches ou sur les résultats obtenus. La sensibilisation au fléau du cancer du sein part d’une bonne intention, certes, mais il n’en demeure pas moins qu’elle véhicule des propos mensongers. Cette campagne semble entre autres clamer haut et fort que plus il y aura de contributions, plus grandes seront les chances d’éliminer la maladie; elle pèche aussi par omission, car on mentionne rarement –sinon jamais– la nécessité d’investir dans la prévention d‘un des cancers les plus répandus et meurtriers.

Photo: Léa Pool

En fait, la véritable hypocrisie des campagnes du ruban rose réside dans le fait que des compagnies telles qu’Avon, un des leaders en la matière, sont aussi les compagnies qui vendent des produits de beauté contenant des composants cancérigènes.
L’exploitation d’une maladie à des fins lucratives ne cesse de prendre toutes les couleurs et toutes les formes (campagnes de lutte contre le VIH, les maladies cardiovasculaires, et j’en passe). C’est, dirait-on, le capitalisme… dans toute sa splendeur.

L’Industrie du ruban rose propose un pas dans la bonne direction, celle de la mise à jour d’une hypocrisie camouflée avec ruse, un documentaire qui nous mène très certainement à réfléchir, mais qui malheureusement ne creuse pas assez loin les problématiques qu’il soulève et ne réussit donc pas à fournir les réponses concrètes et satisfaisantes auxquelles le spectateur, intrigué, s’attend. Petit budget ou trop peu de capacité d’investigation? Sans narrateur, le film manque aussi de structure et de mouvement, son idée directrice est difficile à suivre, au point que l’on a parfois l’impression de regarder des séquences en pré-montage. Les idées excellentes finissent par se perdre dans un amas de banalités qui tendent à se répéter.

L’Industrie du ruban rose
Où: Dans tous les bons cinémas
Quand: À partir du 3 février