Sans domicile fixe
24 janvier 2012
Montréalais, réjouissez -vous de votre sort! Si vous n’arrivez pas à comprendre les petites annonces immobilières remplies d’abréviations farfelues, honte à vous.

Si vous vous plaignez de ne pas trouver l’appartement ou la chambre qui vous convienne, cessez vos jérémiades. Si vous trouvez que votre loyer actuel est trop élevé, détrompez-vous. Au moins, vous avez toujours le même toit sur la tête pour un prix raisonnable, et les fins de mois ne peuvent vous amener que quelques soucis bancaires.

À Amsterdam, où il n’est pas rare de devoir déménager régulièrement, l’ombre menaçante du 1er de chaque mois hante les infortunés sans cesse en quête d’un nouveau logement. Quand les petites annonces ne sont pas écrites en néerlandais abrégé, plus de la moitié d’entre elles sont des tentatives de fraude. Une fois qu’on a répondu aux annonces intéressantes, on ne reçoit d’ailleurs que le tiers de réponses. Après ça, je passe la description des visites d’une dizaine d’appartements tous plus invivables les uns que les autres, bien que leur description et leurs photos sur Internet laissaient croire à un paradis sur terre.

Quand on a trouvé la chambre idéale, encore faut-il que les colocataires nous choisissent parmi la foule de candidats venus pour la visite… C’est alors qu’il faut ruser et exposer mielleusement les avantages qu’aurait notre élection: on sait être discrète comme une souris quand il le faut, mais on est d’ordinaire aussi pétillante qu’un ouistiti, on prépare le saumon à l’érable et au gingembre comme une déesse, on sait dire «patte de chien» en russe comme si on était né à Moscou, on fait des massages à tomber par terre et bien plus!

Cependant, se décider pour une chambre moins pire qu’une autre, convaincre les colocataires qu’on est leur meilleur candidat et régler les détails administratifs et financiers, tout ça n’est que le début d’une aventure qui se répète mois après mois. Il s’agit maintenant de déménager! D’abord, il faut essayer pour la énième fois de tout faire rentrer dans ses valises, y compris les nouvelles acquisitions qui nous semblaient jusqu’ici nécessaires – petite robe noire, souvenirs, romans de gare etc. On avait oublié à quel point notre valise était petite… et c’est à en avoir des sueurs froides quand on pense que dans deux mois à peine, il va falloir faire passer ce monstre en soute! Une fois rassemblés ladite valise prête à exploser et les divers sacs qu’on a dû y ajouter en catastrophe, il faut déménager tout ça «à la hollandaise»: à vélo et sous la pluie…

Après avoir fait le deuil d’une colocation d’un mois si rapidement passé, il faudra vite s’adapter à de nouveaux colocataires: celui qui fait toujours sa vaisselle en retard, celui qu’on ne voit jamais, celui qui nous rend fou à force de traîner des pieds, ou encore celui qui arrive à transformer la salle de bain en une scène d’explosion nucléaire.

Enfin, peu importe, puisqu’un mois plus tard, tout est à recommencer.