Issue de «language»
17 janvier 2012
Du 11 au 16 janvier, Le Délit était à Victoria pour la conférence annuelle de la Canadian University Press (CUP).

Les journaux universitaires-membres profitaient de l’occasion pour assister à des conférences de qualité, à des tables rondes diversifiées, ainsi que pour réseauter avec les quelque 360 jeunes journalistes participants. Il est facile de sauter rapidement aux conclusions lors de ce genre de rassemblement dit «bilingue». L’anglais était tellement prédominant lors de la conférence nationale qu’on aurait pu oublier son désir de s’ouvrir aux francophones. En fait, avec à peine 16 participants francophones à la conférence, des employés de la CUP qui ne parlent pas français, un contenu majoritairement en anglais, ainsi que des aspirants au poste de président unilingues, il aurait été difficile de faire autrement que d’avoir de sombres pressentiments.

D’ailleurs, la séance plénière à la fin du congrès aurait dû servir majoritairement à discuter les priorités de l’organisation face à l’amélioration du bilinguisme, ainsi que la place de la Presse universitaire canadienne en tant qu’entité logique de la CUP. Malheureusement, la plénière a été annulée à cause d’événements hors du contrôle de l’organisation. Nous ne verrons pas les couleurs des décisions avant un moment.

«Tant que la PUC est dépendante financièrement de la CUP, on ne peut pas leur en vouloir de ne pas apprécier l’apport bilingue de la PUC» expliquait la directrice nationale francophone de la PUC. D’un point de vue uniquement financier, il est vrai que les journaux francophones dépendent de leurs collègues anglophones. Pourtant, il faut comprendre que la plupart des journaux francophones sont de petite taille, avec juste assez de budget pour survivre, alors que la réalité des anglos est différente. Ils ont généralement un plus grand lectorat (que ce soit au Québec ou ailleurs au Canada) et une possibilité de publicité plus grande.

En fait, la discussion entourant la cause du bilinguisme au sein de cet organisme pancanadien rappelle étrangement ce qui est dit au sujet de l’indépendance du Québec. L’argument financier est avancé de manière à quantifier la valeur de la présence du bilinguisme, alors qu’un malaise bien plus profond subsiste: la peur de devoir comprendre et apprivoiser une autre culture. À entendre beaucoup de récalcitrants à la bilinguisation, le débat soulève simplement à quel point les traductions en français ne sont là que pour bien paraître, et que chaque solitude attend avec impatience sa dissociation de l’autre. Les francophones ne sont que des trouble-fête qui viennent réclamer des exubérances. Parler deux langues, et puis quoi encore!?

Discutons minorité
Que ce soit pour parler du français en situation minoritaire ou pour discuter de l’avenir des journaux francophones, les conférences en français lors du congrès de la CUP, malgré leur nombre limité, étaient toutes pertinentes. Elles ont d’ailleurs attiré des francophones, mais aussi des anglophones bilingues du Québec et d’ailleurs.

La conférence qui m’a allumée au point de remettre mes plans de carrière en question touchait la survivance du français dans les journaux en milieu minoritaire. Étienne Alary parlait de son expérience de rédacteur en chef au journal Le Franco le seul journal provincial hebdomadaire de l’Alberta. La comparaison avec Le Délit saute aux yeux, et il n’en faut pas moins pour tout de suite ressentir l’appartenance à une culture qui survit parce qu’elle se bat.

Le Franco n’a que huit employés. Le rédacteur en chef fait office de distributeur, de journaliste et de concepteur graphique. Il possède un tirage de 4000 exemplaires (Le Délit imprime à 6000 exemplaires). Tout soubresaut de l’économie peut se faire sévèrement sentir. Le Franco a même déjà failli couler, mais la communauté francophone d’Alberta ne pouvait se résoudre à le laisser dans le pétrin. Le journal a donc repris les flots avec, pour appui, des donations généreuses.

Être francophone en milieu minoritaire prend une tout autre signification hors du Québec. Que ce soit lors d’une conférence pancanadienne à Victoria, ou dans le cas des journaux francophones en milieu minoritaire, la cause du français rallie ses défenseurs au point de s’en faire un objectif de vie. Le Délit est un fier bastion de cette cause. Très heureux d’être à nouveau de retour, pour une session de catapultage linguistique.