Se soigner soi-même
22 novembre 2011
«En imparfaite santé»: la médicalisation de l’architecture ou soigner son environnement mal en point.

À l’heure où la santé de chacun prend une place prépondérante dans notre société, le thème apparaît même dans le domaine, certes pratique, mais également artistique qu’est l’architecture. De simples preuves scientifiques, comme le fait que les patients d’hôpitaux guérissent plus rapidement lorsqu’ils ont vue sur végétation, apportent un argument rationnel à cette association. C’est donc en partie pour ces raisons que le Centre Canadien d’Architecture crée un lien fort entre création architecturale et bien-être, à travers son exposition «En imparfaite santé».

Nerea Calvillo architecte, en collaboration avec C+ arquitectos et In the Air.

Le concept récent de ville-santé apparaît dès le début de l’exposition lorsqu’une question simple et intéressante est lancée: «Qui doit être guéri: la ville ou ses habitants?». On aura probablement tendance à répondre «les deux», mais le vrai problème est surtout de savoir comment y parvenir. Tout au long de l’exposition, on découvre donc divers projets et œuvres achevées qui suivent cet objectif. Par exemple, la maquette de «L’immeuble qui pousse», réalisée par l’architecte Édouard François, met en perspective un immeuble en éternelle mutation grâce à la construction de cabanes sur pilotis qui «poussent» à partir de chaque appartement. Les façades de l’immeuble, dotées d’une végétation luxuriante, servent ainsi de membranes ou d’épiderme vivants. Cet édifice a été conçu dans le but d’associer nature, architecture et, de fait, santé dans la région de Montpellier, dans le Sud de la France.

L’exposition met également en avant les diverses maladies et allergies liées à notre mode de vie moderne, notamment dans les grandes mégalopoles. La conférence de Rio (1992) sur la biodiversité a reconnu officiellement l’urgence de maintenir et de favoriser la biodiversité dans les écosystèmes urbains pour la survie de l’homme, des animaux et de notre planète en général. La prise de conscience est donc relativement récente mais les projets architecturaux qui vont dans ce sens fleurissent, à l’exemple de la tour vivante (2006), projet mené par le groupe SOA Architects. Celle-ci serait une sorte de ville verticale et autosuffisante grâce à son système de culture hydroponique. La démarche consiste à proposer un aménagement soutenable du territoire et de préserver les ressources naturelles et la biodiversité. Dans la même veine, Harmonia 57 (2008) est une maison unique située à Sao Paulo du fait qu’elle respire grâce à son système de récupération de l’eau de pluie, des pores sur ses façades qui laissent pousser des végétaux et de ses matériaux recyclables. Cette œuvre architecturale fonctionne plus ou moins comme un végétal quelconque. L’agence d’architectes Triptyque s’ancre ainsi dans un mouvement fondé sur le développement durable, certes coûteux mais vital à long terme pour le bien-être collectif.

«En imparfaite santé» ne laisse pas de marbre. Chaque visiteur comprend facilement que la santé de notre planète est en danger et que l’architecture innovante peut mener à des solutions durables et efficaces. Certains y verront donc une lutte inutile et coûteuse, d’autres, le service que peut rendre un des sept arts à notre santé, qui n’a d’ailleurs probablement pas de prix.