Débat sur la question référendaire
1 novembre 2011
Temps forts autour de la question du GRIP-McGill

Le GRIP-McGill, Groupe de recherche d’intérêt public du Québec à McGill, sera soumis à un référendum auprès des étudiants de premier cycle. En question le renouvellement de la cotisation de 3,75 dollars par étudiant et par semestre. Le Délit reçoit trois étudiants qui débattent de la question.

Jean Francois Trudelle, étudiant en économie et finances, rédacteur en chef du Prince-Arthur Herald, membre du Parti libéral du Québec, représente le non.

Simone Lucas, étudiante en études des femmes et en communication, membre du comité du oui.

Camillia Elachqar, étudiante en informatique, co-représentante du comité du oui.

Pourquoi les étudiants devraient voter contre.

JFT: C’est une question d’idéologie. Le GRIP-McGill ne représente pas la majorité des opinions des étudiants. […] Si le GRIP-McGill veut vraiment financer le type d’activités qu’il finance, s’ils croient réellement que leur mission est noble je pense que les étudiants se rendront à l’évidence et donneront volontairement. Actuellement les gens payent par défaut; je pense qu’une campagne opt in est beaucoup plus honnête et plus transparente pour les étudiants.

La représentation des étudiants

CE: On entend souvent cet argument que la majorité des étudiants ne sont pas représentés. Le GRIP-McGill est tout d’abord fondé par les étudiants et organisé par les étudiants. Notre conseil d’administration est élu chaque année par les étudiants. On emploie des étudiants. […] Les groupes de travail que nous soutenons sont des groupes étudiants. Séparer le GRIP-McGill des étudiants, c’est de la désinformation.

Radical

JFT: Marche anticapitaliste, Tadamon! qui supporte la campagne BDS [boycott, désinvestissement et sanctions, NDLR] contre Israël, la semaine contre l’apartheid. Il y a une position clairement anti-israélienne. Ou encore le groupe anti-gentrification. J’ai fait des recherches à leur sujet et ils avaient fait une fausse alerte à la bombe qui avait mobilisé les forces de police. Donc je me demande si c’est vraiment une bonne chose que ce genre de groupes soit financé par des étudiants. C’est ce que j’appelle être radical. On peut être critique du capitalisme mais au point d’être anti-capitaliste, je ne sais pas. On peut être critique d’Israël sans être anti-israélien.

On parle souvent de Tadamon!

SL: Notre mandat est d’être contre toute forme de discrimination, que celle-ci soit fondée sur la race, le genre, l’orientation sexuelle ou la religion. Je ne pense pas que ce soit radical, c’est juste les droits de l’Homme. Le nom de Tadamon! revient très souvent. C’est un sujet très controversé. Mais leur mandat est également contre l’antisémitisme, la discrimination faite aux femmes; contre toute forme de violence. […] Nous croyons vraiment en la diversité d’opinions et que, même si on peut être en désaccord, la discussion sur l’apartheid, sur l’anti-gentrification est d’une grande valeur.

N’importe quel étudiant peut nous approcher pour discuter de telle ou telle problématique et nous avons des structures en place pour les écouter et les inclure dans le débat. Donc ce que nous offrons aux étudiants c’est la discussion, c’est la diversité d’opinions.

JFT: On connaît la rhétorique, c’est toujours une rhétorique de confrontation, de révolution, de destruction du système actuel pour l’émergence de je sais trop quoi. Ce n’est pas un service. Ça ne sert à rien.

CE: Un des services principaux que nous offrons, c’est le soutien que nous apportons aux groupes indépendants. On a des résultats incroyables par exemple avec Tadamon! qui se bat pour les droits de l’Homme autant au Moyen-Orient qu’ici.

SL: On propose également de la formation à nos groupes, des espaces de travail, de réunion, ou encore notre programme CURE (Community University Research Exchange). [CURE permet à un étudiant de présenter des travaux de recherche en partenariat avec des organismes communautaires et permettant l’obtention de crédits auprès de l’université, NDLR]

Opt-in opt-out

JFT: Je pense que la possibilité d’opt out est une bonne chose mais je pense que l’on devrait aller plus loin. Il faudrait un système d’opt in. Si des gens croient sincèrement qu’Israël fait de l’apartheid, que le capitalisme est le démon incarné et toute la suite de valeurs dont le GRIP-McGill fait la promotion, eh bien ils donneront. C’est sûr qu’ils n’auront plus beaucoup d’argent mais ça en dira beaucoup sur le soutien qu’ils ont du corps étudiant à McGill.

CE: La façon dont nous récupérons les cotisations des étudiants, c’est la possibilité pour n’importe quel étudiant qui a un projet qui est mal représenté dans la communauté mcgilloise, qui ne va pas recevoir de financement à un autre endroit mais qui correspond à notre mandant d’anti-oppression, d’avoir un appui.

Le système de santé fonctionne de la même façon: tout le monde cotise, qu’on l’utilise ou non, parce que cela permet à la société de mieux fonctionner.

Le GRIP-McGill enrichit la vie étudiante et permet la réalisation de projets qui ne pourraient exister autrement.

JFT: Le GRIP-McGill fait de la politique. Ce n’est pas un service. Je pense qu’ils n’ont pas à faire de la politique avec l’argent des autres, de personnes qui ne croient pas nécessairement à la cause. […] Ils disent se battre pour la justice mais la justice est un concept extrêmement difficile à définir. Le GRIP-McGill se bat pour leur conception de la justice. C’est donc de la politique.

CE: Tu dis que nous faisons de la politique, je dirais plutôt que nous travaillons pour une société plus juste au niveau environnemental et social. On peut avoir l’impression que nous prenons toujours une position controversée mais dans le passé nous avons par exemple pris position pour le recyclage, avons été qualifiés d’extrémistes. Aujourd’hui, le recyclage est la norme.

SL: De même, nous étions les premiers à avoir pris position contre l’apartheid en Afrique du Sud, on nous traitait d’extrémistes. J’encourage tous les étudiants à s’informer, à venir à nos événements. Voter «oui» parce que nous sommes un service et que sans le GRIP-McGill, l’université ne serait pas la même. ξ

Propos recueillis par Anthony Lecossois

ERRATUM: Le présent article a été édité le 3 novembre 2011 pour corriger les erreurs suivantes. Les programmes d’étude de Simone Lucas et Camillia Elachqar étaient inversés. La description du programme CURE était erroné.  Le nom de Camillia Elachqar n’était pas correctement épelé. Le Délit présente ses excuses.