Entrevue avec Laurin Liu, députée de Rivière-des-Mille-Îles
À 20 ans, Laurin Liu a un horaire plutôt chargé. Élue députée NPD en mai dernier, elle continue ses études à temps partiel à l’Université McGill. Se décrivant comme jeune et engagée, valorisant la vie communautaire, elle fait partie d’une vague de jeunes qui veulent mettre de l’avant la justice intergénérationnelle au parlement.
Le Délit: Que signifie pour toi, jeune femme de 20 ans, la responsabilité de représenter les citoyens canadiens au parlement?
Laurin Liu: Je pense qu’il est important qu’il y ait des jeunes qui siègent au parlement parce qu’il y a beaucoup d’enjeux qui ont des liens avec la justice intergénérationnelle. La question de l’environnement par exemple est liée à cette dernière: ce sont les jeunes qui vont devoir vivre les conséquences des décisions qui sont prises maintenant. L’inégalité économique également; ce sont les jeunes qui vont rentrer dans le marché du travail et qui vont vivre les conséquences des décisions prises aujourd’hui. D’ailleurs, lors du débat sur la loi de retour au travail visant les employés de Postes Canada, nous avons souligné le fait qu’il s’agit d’une loi qui pénalise vraiment les nouveaux travailleurs. Il faut sensibiliser et mobiliser les jeunes car c’est important qu’ils comprennent mieux les enjeux de la justice intergénérationnelle.
LD: Quel sont tes objectifs en tant que membre du parlement et députée du compté de Rivière-des-Mille-Îles?
LL: Je vais siéger au comité de l’environnement au parlement. C’est une priorité pour moi de forcer le gouvernement à rendre des comptes. Cet été, le gouvernement a beaucoup coupé à l’agence canadienne de l’environnement. Il a taillé dans le financement, mais aussi supprimé environ 700 emplois. Au NPD, nous trouvons qu’il est très problématique d’avoir un gouvernement qui finance et donne des crédits d’impôts aux grandes entreprises pétrolières et qui coupe dans la facture environnementale.
LD: Penses-tu que la grande proportion de Québécois au caucus du NPD pourrait causer des divisions dans sa base électorale canadienne ou au sein du parti lui-même?
LL: Je pense que la réaction face à la majorité québécoise de notre caucus est favorable. Même au sein du caucus, c’est quelque chose dont nous sommes très fiers. C’est sûr que le Québec va avoir une voix très forte au sein du parti. De plus, on a toujours eu une position très forte en ce qui concerne le Québec; on a la déclaration de Sherbrooke qui donne les grandes lignes de notre position par rapport au Québec. Au niveau du parti, je pense que tout le monde comprend qu’il est très important que le Québec occupe une place spéciale et privilégiée au sein d’un Canada uni et c’est une position qui n’a pas changé depuis l’élection.
LD: Beaucoup d’électeurs semblent avoir voté principalement pour «Le bon Jack». Suite à son décès, comment penses-tu que le NPD puisse rallier ces électeurs sous la plateforme du NPD?
LL: C’est sûr que les québécois ont voté pour Jack Layton, mais ils ne le connaissaient pas personnellement. Donc, je pense qu’ils ont voté pour Jack parce que Jack était capable d’articuler la plateforme du parti et les idées du parti d’une façon accessible. Il faut vraiment examiner cette idée: si on regarde plus loin, on découvre que les québécois ont vraiment voté pour le projet néo-démocrate du NPD.
LD: La rentrée parlementaire s’avère difficile; face à un gouvernement conservateur majoritaire, que peut-on attendre d’une opposition officielle dépourvue d’un chef stable?
LL: En tant qu’opposition officielle, nous sommes une équipe très forte et aussi très unie. Nous avons beaucoup de gens d’expérience et de leaders au sein du parti, donc je n’ai pas d’inquiétude à cet égard. C’est sûr que Monsieur Layton était un leader très rassembleur, mais il a aussi mis en place une très bonne équipe. Le NPD n’est pas un bateau sans capitaine; je ne pense pas qu’on va vivre une rentrée plus difficile que sous d’autres circonstances. Plutôt, on continuera à travailler à nos dossiers respectifs.
LD: Plus personnellement, quels sont les nouveaux défis qui t’attendent?
LL: Au niveau des défis, il y a la planification de l’agenda personnel et aussi le fait de travailler avec divers acteurs du monde politique. En tant que député, il faut que l’on ait des liens très serrés avec des acteurs au niveau municipal et avec les députés provinciaux. Il faut travailler avec les collègues, mais aussi avec les députés du gouvernement conservateur. Ce sera donc un défi d’apprendre à travailler avec des gens qui proviennent de milieux très divers.
Propos recueillis par Nicolas Quiazua