Le parcours d’un grand homme
6 avril 2011
Conférence de l’écrivain et ancien diplomate mexicain Carlos Fuentes.

Mercredi dernier, sur invitation de la Revue de Droit de McGill, Carlos Fuentes a donné une conférence bilingue sur la relation entre le droit et la création littéraire organisée au pavillon Chancellor-Day. Tenu en soirée et d’une durée d’une heure, l’événement a néanmoins fait salle comble réunissant dans l’assistance autant élèves que professeurs. Il faut mentionner que son essai, Le Miroir enterré (1994) est utilisé à McGill comme matériel pédagogique pour deux cours de civilisation hispanique.

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À quatre-vingt-deux ans, le conférencier a profité de l’occasion pour revenir sur un riche parcours de vie qui l’a mené de l’Amérique latine vers l’Europe en passant par Washington. Avouant avoir étudié le droit à Genève à contrecœur, sous pression d’un père qui l’a prévenu qu’il «mourrait de faim» s’il devenait écrivain, l’auteur a pourtant tiré un bilan positif de son expérience dans ce domaine d’études. Carlos Fuentes estime que malgré le caractère plus rigide du droit civil et donc d’apparence contraire au désordre de la création artistique, l’étude du droit l’a beaucoup aidé plus tard dans sa carrière d’écrivain. Le droit, selon ses propres mots, lui a surtout appris à «avoir un esprit de synthèse dans [l’expression de] ses idées».

Au-delà du sujet principal de la conférence, l’ancien diplomate a par ailleurs partagé avec l’assistance ses plus grandes sources d’inspiration. Du cinéaste espagnol Luis Buñuel aux peintres mexicains Jose Clemente Orozco et Diego Rivera, l’intention a toujours été de s’inspirer d’artistes originaires tant d’Espagne que d’Amérique latine afin de souligner l’existence d’un espace hispanique commun. Lors du temps alloué aux questions de l’assistance, l’écrivain est même allé jusqu’à dire qu’une union politique entre l’Espagne et l’Amérique latine existait déjà. Il a toutefois encouragé, malgré les différences politiques, que les liens transatlantiques soient davantage renforcés, profitant d’une  politique américaine sous l’administration Obama selon lui moins interventionniste vis-à-vis des voisins du sud.

La conférence s’est terminée sur une veine politique avec une appréciation de Carlos Fuentes des problèmes actuels de son pays d’origine, le Mexique, ainsi que de l’actuel réveil des peuples du monde arabo-musulman. «Les choses sont en train de changer», dans quelle direction et avec quel futur rôle pour les puissances de l’Europe de l’Ouest,  les États-Unis et les Nations Unies, rien n’en n’est moins certain.

Ce qui est certain en revanche, c’est l’image d’intellectuel perspicace et chaleureux qu’a laissé l’auteur dans notre communauté universitaire, une image cruciale pour l’Amérique Latine, souvent oubliée de tous, aux côtés de l’Afrique, sur la scène internationale.

 
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