Violet et Blanc
5 avril 2011

Mon Père,

Pardonnez-moi, mon Père, car à vos yeux j’ai péché. J’ai pensé que Dieu avait commis une erreur: il a créé une abomination comme moi. Je suis né dans le corps d’un garçon, mais je me suis toujours identifié à une fille –ce qui m’a causé une amertume terrible, et une douleur encore plus profonde. Maintenant, il me donne encore des difficultés, par exemple quand j’écris: est-ce que je fais des accords au féminin ou au masculin? C’est perturbant!

De plus, j’ai peur d’avoir abrogé un des Commandements. La Bible affirme que l’homme doit respecter son prochain, mais je n’ai pas eu le choix quand j’ai entaché l’honneur de ma famille. Mes parents ont honte de moi –je n’ai jamais participé aux sports d’équipe, je n’ai jamais joué avec les autres garçons, et finalement, j’ai volé les vêtements de ma mère. Pour un instant, je me suis senti beau, mais quand mon père a ouvert la porte et m’a découvert dans la robe de sa femme, ses yeux m’ont montré seulement de l’aversion.

Mais maintenant, je m’habille avec une robe chaque nuit au Café Cléopatra, à Montréal. J’ai trouvé le bonheur ici, je suis bien dans ma peau. Chaque samedi, je chante avec Madame Pamplemousse, qui a également l’impression d’être piégée dans son corps masculin. Elle est si brillante, et s’habille toujours avec des couleurs vives et extravagantes –du jaune, du rouge, du violet– si différentes de notre paysage blanc à Malauze. Ces couleurs me donnent de la joie, de la confiance et de la fierté.
Je l’idolâtre.

Cette lettre n’est pas seulement une confession, mon Père, c’est une lettre de remerciements. C’est grâce à vous que je peux être ici à Montréal et pour cette raison, je vous dois ma joie. La colère de mon père a cédé la place à beaucoup de rumeurs dans notre village de Malauze. Je sais que vous connaissez bien cette histoire. Les rumeurs de travestissement, comme tout ce qui ne se conforme pas à la norme, se propagent avec virulence à Malauze. J’ai enduré l’humiliation des villageois, la haine de mes camarades de classe et la honte de ma famille –j’ai enduré Malauze jusqu’au moment où j’ai ressenti le rejet de Dieu. Le moment où vous m’avez dit qu’il n’y avait pas de place pour moi au ciel, dans la file pour la sainte communion. J’ai quitté notre église blanche, notre maison blanche, et notre village blanc. Néanmoins, je vous remercie, car dans votre erreur, j’ai trouvé une vérité.

J’écris cette lettre dans mon appartement à Montréal. Sous ma fenêtre, je peux voir la parade de la Gay Pride sur le boulevard René-Lévesque –il y a tant de couleurs qui sautent aux yeux, on dirait un feu d’artifice. Montréal m’a appris à embrasser cette diversité et à apprécier ma propre identité et mon unicité. Il faut que vous reconnaissiez également que l’amour de Dieu n’est pas noir et blanc comme votre robe de prêtre. Le ciel est rempli de couleurs comme la parade, c’est pourquoi, mon père, il existe des arcs-en-ciel.

Alex

Jane Li, Caroline Marciniak et Harmon Moon

 
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