Lettre et déceptions d’un étudiant sur le processus électoral du conseil de l’exécutif de l’AÉUM.
Chaque année nous avons droit à des étudiants proactifs qui sortent de partout pour concourir au(x) poste(s) de l’exécutif de l’AÉUM. Nous avons droit à un concert, que dis-je, une cacophonie au sein du campus du centre-ville. Mais qu’apportent vraiment ces élections à la vie étudiante sinon de la politique, de la démagogie et de l’opportunisme?
Chaque année, pourtant, nous avons foi. Nous espérons qu’un étudiant va émerger et élever le débat au-delà des querelles que nous pourrions laisser à la vie politique du pays. Mais non, tout ce petit monde s’obstine à importuner les camarades étudiants partout sur le campus, on commence par vous empêcher de dîner à la cafétéria, puis on finit par interrompre vos classes.
Il y a deux catégories d’étudiants: ceux qui sont impliqués et ceux qui ne le sont pas. Ceux qui sont impliqués vont vouloir grimper dans la hiérarchie étudiante afin d’effleurer le titre suprême de Président de l’AÉUM. À ce moment, la prostitution commence. Les candidats sont prêts à tout pour vendre leur image au reste des étudiants.
Les photographies les plus aguicheuses s’échangent, et donnent lieu à une surenchère où on se demande qui va parler plus haut que tout le monde, qui va proposer plus que son voisin en promettant monts et merveilles pour une vie étudiante meilleure, qui va enfin avoir cette position. Position qui rend si merveilleusement bien sur un CV.
Car le centre du problème est peut-être là. Quand les étudiants se présentent pour être élus, nul doute qu’ils partent d’un bon sentiment. Mais à qui profitent ces élections? À la vie étudiante ou à la future carrière du candidat? Pendant trois semaines, nous sommes assénés de demandes, de courriels incessants, d’invitations Facebook, d’annonces en classe…
Tout ça pour quoi? Pour garder en place un système où il fait bon se conforter? Car tous ces étudiants que l’on voit tourner partout pendant quelques semaines, à quelques exceptions près, font partie de la même gagne. La gagne qui va dûment compléter son curriculum vitæ une fois la vie étudiante terminée, laissant cette dernière dans l’état où elle l’avait trouvée. En signant les innombrables demandes des candidats, nous remplissons leurs CV. En se laissant courtiser par les innombrables prétendants, nous préparons leur carrière.
Car une fois la période électorale passée, silence radio. Tout ce joli bruit se meurt dans un quasi silence étudiant. On vous a supplié d’apposer votre signature ici, amadoué pour signer sur ce papier là, et voilà que maintenant vous n’entendez plus personne. On vous a promis que tout allait changer, mais Shatner ne répond plus.
Bien sûr, parfois, on va jouer les opportunistes, tenter de dorer son image tantôt en soutenant les manifestations contre la fermeture d’un café, tantôt en créant une petite polémique pour faire parler de soi.
Le contraire serait d’impliquer toute la communauté étudiante et de contrer l’avènement de la politique classique dans la vie étudiante car nous n’avons pas besoin de cela.
Transposer au niveau étudiant ce qui se passe au niveau politique (élections, présidents, assemblées…) frise parfois le ridicule et tombe dans une démagogie qu’il est triste de constater si tôt chez des individus.
Les étudiants sont les premiers à porter un regard critique sur le système politique et la société qui les entourent. Nous sommes les premiers à en douter et parfois à en être déçus. Pourquoi donc mimer l’imbroglio politique et la confusion électorale, alors que nous sommes supposés vouloir «changer les choses»?
Si les choses nous voulons changer, cela doit venir de la collectivité étudiante. Celle-ci doit se charger de contrer le petit jeu électoral qui a lieu chaque année. Autrement, ce conservatisme constaté dans les associations et assemblées étudiantes ne changera pas et ne changera rien.
Florent Conti
Étudiant en sciences politiques, études du Québec et développement international