AG: la stratégie de l’autruche
15 février 2011
Le forum à la légitimité contestée peine encore à atteindre son quorum malgré la controverse Newburgh.

Jeudi dernier avait lieu l’assemblée générale (AG) d’hiver de l’Association Étudiante de l’Université McGill (AÉUM). Dans un contexte de polémique entourant le conflit d’intérêt potentiel de son président, Zach Newburgh, l’association étudiante tentait de mener à terme les chantiers engagés et de se donner des allures de business as usual.

Les suites de l’affaire Newburgh-Jobbook

Beaucoup s’attendaient à de nombreuses réactions de la part du corps étudiant lors de l’AG. De son propre aveu, le président Zach Newburgh s’était préparé à répondre à des questions sur les raisons de sa censure publique par le conseil législatif (voir notre article dans l’édition de la semaine dernière). En effet, outre les informations qui ont officieusement filtrée dans la presse et les quelques entrevues accordées par le président aux principales publications étudiantes, le conseil n’a jamais rendu public le raisonnement ayant motivé sa décision.

Malgré la polémique, le quorum a encore une fois été difficile à atteindre et, à la surprise générale, aucun étudiant n’a interpelé le président lors de la période des questions.

Quand est venu le rapport du comité exécutif (composé de Zach Newburgh et des cinq autres VP), le président a jouer la politique de l’évitement en ne faisant aucune mention de ce qui se profile comme étant le plus gros scandale ayant secoué l’organisation depuis plusieurs années; l’affaire a été reprise par une dizaine de publications, au Canada et aux États-Unis.

Sebastian Ronderos-Morgan, VP aux affaires externes l’année passée, fut celui qui brisa le silence du comité exécutif sur l’affaire Jobbook. Celui qui avait été auteur d’une lettre ouverte publiée par nos confrères du McGill DailyA failure of duty»- demandait  à Zach Newburgh s’il comptait clarifier le statut du président et notamment s’il devait être autorisé à avoir un emploi à temps partiel à l’université.

L’ancien VP faisant ici référence à l’argument avancé par Zach Newburgh selon lequel ses activités avec Jobbook relevait de la sphère privée, dans l’esprit d’un emploi à temps partiel et qu’il n’exploitait en aucun cas ses fonctions de président. Un argument remis en question par plusieurs présidents d’associations étudiantes américaines comme le rapportent Queen Arsem-O’Malley et Maya Shoukri dans leur article publié dans l’édition du 12 février du McGill Daily, «Newburgh Deceived Ivies». Selon les leaders étudiants américains, quand Zach Newburgh s’est présenté à eux, c’était en tant que président des étudiants de McGill qu’ils ont accepté de le rencontrer.

Quand les questions se sont faites plus précises, le président Newburgh a expliqué que l’AG n’était pas le lieu où discuter des décisions du conseil et qu’il était temps «d’aller de l’avant».

Toutefois, hier, plusieurs rédacteurs et journalistes du Délit ont été approchés pour signer une pétition demandant au conseil de reconsidérer sa décision de ne pas destituer le président. Ainsi, si 200 signatures sont réunies, le conseil sera contraint d’ajouter cette motion à son ordre du jour.

Une édition constructive bien que toujours chancelante

Malgré les problèmes de quorum, Maggie Knight, représentante des clubs et services auprès du conseil législatif estime qu’il s’agissait de l’AG la plus constructive à laquelle elle ait assistée. Il est vrai qu’aucune motion ridicule,  à la portée plus rhétorique que pragmatique, (celles qu’on appelle les «joke motions») n’a été présentée à cette AG. Elle se réjouit «du ton général de l’assemblée qui contrairement à l’habitude n’a pas vu de débats échauffés sur une problématique controversée et qui souvent ne mènent à rien».

A notamment été adoptée la motion condamnant la nommination par l’administration du cabinet de conseil McKinsey. Cette institution connue du monde académique que d’aucuns accusent de systématiquement recommander coupes budgétaires et favorisation des facultés «rentables» (sciences, génie…) au détriment des autres, a proposé à l’université de conduire une étude gracieusement. Joël Pedneault, Secrétaire Général de la TaCEQ et candidat potentiel au poste de VP aux affaires externes de l’AÉUM expliquait que même si on le lui offrait, il n’accepterait pas de gâteau empoisonné.