Une nouvelle forme d’éducation sexuelle au Québec
1 février 2011
Des réformes anticipées entraînent de nouveaux espoirs.

Les élèves du primaire et du secondaire au Québec auront enfin droit à une éducation sexuelle plus complète. Suite à une pétition de 3197 signataires, formulée par le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel de l’Estrie, la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, a annoncé en décembre dernier l’introduction d’un programme obligatoire d’éducation sexuelle dans les écoles publiques.

Raphaël Thézé | Le Délit

Le compte-rendu de la commission parlementaire de la culture et de l’éducation précise que «la formation, qui devra être donnée par des intervenants et des enseignants qualifiés, pourrait s’insérer dans des cours comme sciences et technologie, éthique et culture religieuse ou éducation physique et à la santé».

Ce geste est perçu comme un signe positif par les nombreux opposants au programme actuel. Une réforme de l’éducation en vigueur depuis 2001 avait éliminé les cours consacrés à l’éducation sexuelle dans les écoles primaires et secondaires du Québec. Actuellement, les jeunes sont initiés à la sexualité par leurs professeurs de sport, de mathématiques et de physique. Du moins, c’est ce qu’envisageait le gouvernement québécois lorsque le nouveau programme a été mis en place. L’apprentissage de la sexualité dans les milieux scolaires doit en théorie prendre la forme de discussions informelles entre enseignants et élèves, quelle que soit la discipline. Le gouvernement offre des formations pour les enseignants, mais, jusqu’à aujourd’hui, leur participation n’était pas obligatoire.

Selon Francine Duquet, professeure de sexologie à l’UQÀM et auteure du guide actuel sur l’éducation sexuelle pour les enseignants, l’objectif de la réforme aurait été de promouvoir une approche à la sexualité globale et multidisciplinaire: «On veut que tout le monde puisse intervenir, autant le surveillant que le prof de maths qui entend une blague à caractère sexuel, par exemple».

Mais ce système avait provoqué un grand mouvement d’opposition. Parmi d’autres, un collectif de sexologues avait mis en avant les risques d’un programme d’éducation qui suppose que tout enseignant est suffisamment informé et à l’aise avec l’idée d’aborder le sujet de la sexualité avec de jeunes étudiants du secondaire. «Pour donner des cours d’éducation sexuelle, il faut être à l’aise et ça ne s’apprend pas en quelques heures», dit la porte-parole du collectif, Sophie Morin.

Des statistiques inquiétantes soulignent aussi le besoin d’une nouvelle réforme. Selon une étude du gouvernement québécois, les jeunes de quinze à vingt-quatre ans font partie des groupes les plus vulnérables aux ITSS (infections transmises sexuellement et par le sang), représentant une majorité des cas de chlamydiose et d’infection gonococcique, par exemple. Pour Alexandra Blair, étudiante mcgilloise qui travaille à la sensibilisation des jeunes à l’agression sexuelle dans les écoles secondaires, «c’est la prévention qui compte avant tout. Il y a tellement de mythes autour de la sexualité, et on manque de nuances lorsque le sujet est abordé.» Elle ajoute que «trop souvent, la responsabilité revient aux parents, alors que la sexualité est encore un sujet tabou».

Un des enjeux de cette nouvelle initiative est le contenu du programme d’éducation sexuelle proposé par la ministre Beauchamp, qui demeure vague. La missive du collectif de sexologues démontre qu’il reste encore beaucoup de travail à faire. «Nous avons peur que cette réintroduction se fasse seulement sur papier et que la qualité de l’enseignement sexuel continue d’être défaillante, incomplète et dispensée par des acteurs n’étant pas à l’aise pour aborder la sexualité.»

Selon Kota Harbron, qui participe à des campagnes de sensibilisation et d’éducation avec des organisations telles que A Deux Mains et SACOMSS, les cours d’éducation sexuelle doivent non seulement êtres réintroduits, mais modernisés de façon à promouvoir une plus grande tolérance vis-à-vis de la sexualité. Dans les écoles secondaires, ces organisations offrent des ateliers sur la sexualité menés par des jeunes, dans l’objectif de promouvoir une approche globale des relations sexuelles, de mettre l’accent sur le consentement et de défaire les nombreux mythes liés à la sexualité. Un modèle qui, selon certains, devrait servir d’exemple au gouvernement.