Paysage de fin du monde
1 février 2011
Voyage sur les dunes de sable de l'Athabasca et témoignage de notre envoyée spéciale, Anabel Cossette Civitella.

«C’est un cataclysme. Je n’y crois tout simplement pas, c’est un paysage de fin du monde», s’horrifie un jeune à bord d’un autobus nolisé de la compagnie Suncor qui se fait un plaisir de transporter les civils sur le site d’extraction des sables bitumineux. Par contre, attention: l’usage des termes «sable bitumineux» est péjoratif pour les Albertains.

À bord du bus qui transporte des touristes avides de voir des pelles aux dimensions effrayantes, des camions aux roues monstrueuses et des paysages de destruction massive, l’animateur pèse ses mots: «Il est important de ne pas confondre pétrole et bitume», car il faut dire «oil sand» et pas «tar sand», comme le voudrait la traduction exacte.

Pour faire découvrir la beauté et la nécessité d’exploiter la première ressource naturelle de l’Alberta, Suncor, un des grands noms de l’exploitation des hydrocarbures en Alberta, invitent les touristes à venir faire le tour des sites exploités. N’espérez toutefois pas pouvoir gambader dans les mines à ciel ouvert, nager dans les eaux souillées ou approcher les montagnes de sable corrosif.

En plus d’être chatouilleux sur les termes, les compagnies comme Suncor ou Syncrude protègent sévèrement l’accès aux installations. Chaque personne qui s’inscrit à un de ces tours (pour la modique somme de 35 dollars), se voit dans l’obligation de décliner son âge et son identité, est formellement interdit de descendre de l’autobus, et, surtout, ne peut publier photos et vidéos pris durant la balade.

La surveillance maximale exercée aux abords des différents puits d’extraction et les consignes de sécurité en vigueur tranche avec le ton bon enfant de l’animateur qui ne manque pas de souligner les efforts des différentes compagnies: «Saviez-vous que nous réutilisons 80% de l’eau utilisée durant le processus d’extraction? Saviez-vous que nous replantons tous les arbres que nous coupons? Saviez-vous que nous développons de plus en plus de techniques pour accélérer la reforestation?» À voir l’état des lieux, pourtant, il demeure difficile de croire à la bonne volonté des industries et de voir autre chose qu’un paysage apocalyptique.

Il semblerait que le tourisme de catastrophe fait des adeptes. La visite du lieu où est produite l’une des plus polluantes sources d’énergie sur Terre fait-elle partie du lot? Peut-on réellement qualifier Fort McMurray de catastrophe naturelle? Dans tous les cas, l’industrie du tourisme est bien implantée dans la ville et permet certainement de redorer un peu l’image de cette région malmenée.

Que ce soit pour le camping et les aurores boréales, les randonnées en forêt et les dunes de sable de la région d’Athabasca, ou pour se promener sur les trois terrains de golf, Fort McMurray semble extrêmement attirant pour quiconque a les poches bien remplies et peu de conscience pour ce qui se trame derrière la vitre de l’autobus climatisé.