La Belle, la Bête et l’ère numérique
25 janvier 2011
Lemieux Pilon 4D art et Pierre-Yves Lemieux présentent leur version revisitée et édulcorée de La Belle et la Bête.

Voilà bientôt quatre ans que le duo formé par Michel Lemieux et Victor Pilon, Lemieux Pilon 4D art, présentait Norman, une création hybride d’une grande intelligence qui guidait le spectateur à travers l’œuvre du cinéaste d’animation réputé Norman McLaren en compagnie du danseur et chorégraphe Peter Trosztmer. Les metteurs en scène faisaient alors montre d’un génie indéniable, prouvant au passage que la technologie peut s’éloigner de la gadgetterie, qu’elle peut émerveiller en évitant le tape-à-l’œil.

Ensuite vint Starmania, revu par l’Opéra de Montréal en 2009, puis La Belle et la Bête présenté depuis mardi dernier au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), une création qui risque de se faire oublier dans le parcours d’une compagnie qui compte maintenant une trentaine de créations à son actif. Car, si les productions de Lemieux et Pilon flirtent constamment avec le merveilleux, projections 3D obligent, il faut croire que la transition dans l’univers du conte s’est faite de façon moins évidente.

Yves Renaud

Réalisée Pierre Yves Lemieux, l’adaptation de cette histoire vieille de plusieurs siècles est un conte contemporain pour adultes qui ne s’assume pas tout à fait. Belle (Bénédicte Décary) est une jeune artiste naïve, la fille d’un illustre marchand d’art. Rongée par le deuil depuis la mort de sa mère, elle s’habille de vieilles chemises et de pantalons couverts de peinture et réalise de bien sombres croquis dans son atelier, tout en essuyant les nombreux reproches que lui fait sa sœur (Violette Chauveau), un personnage virtuel qui s’immisce constamment dans son univers. La Bête (François Papineau), quant à elle, est un homme renfrogné au bord du désespoir. Prisonnier d’un corps affreux et d’une demeure où le temps semble être suspendu, il est farouchement protégé par une dame cruelle que l’on croit être son ancienne maîtresse et qui se fait aussi la narratrice du conte, rôle campé avec brio par Andrée Lachapelle. Rares sont ceux qui ignorent la suite de l’histoire.

Le problème de cette adaptation, cependant, est que tout y semble précipité. La Belle et la Bête tombent amoureux sans que cela ne suive ce qui serait d’abord une attirance mêlée de crainte. Le texte semble être truffé d’ellipses, à tel point que la pièce n’est plus qu’une succession de scènes anecdotiques. Ainsi, les personnages paraissent unidimensionnels et irraisonnés.

Bien qu’elles soient brillamment orchestrées, les projections 3D parviennent mal à faire oublier la faiblesse du texte. Elles illustrent toutefois très bien l’inconscient des protagonistes, leurs désirs comme leurs inquiétudes. Il est à parier, toutefois, que ceux qui ne sont pas familiers avec les œuvres de Lemieux Pilon 4D art retiendront surtout de la pièce cette composante très réussie.

Pour être apprécié, un conte est certes une histoire qu’il faut prendre le temps de raconter. Et dans leur volonté d’émerveiller le spectateur, de lui en mettre plein la vue, c’est ce que dramaturge et metteurs en scènes semblent avoir omis. Autrement, à quoi bon vouloir remettre au goût du jour un récit tant apprécié et trop bien connu?