Notre Tiers-Monde
10 novembre 2010
Paul Martin était à McGill la semaine dernière pour inciter les McGillois à prendre conscience de l’existence des problèmes entourant l’éducation des peuples autochtones.

«L’éducation est la base du futur de tous» a dit Paul Martin, l’ancien premier ministre du Canada, en visite au Faculty Club de l’université, «mais tout spécialement celle du futur des peuples autochtones.» Si plusieurs pans de l’Initiative d’Éducation Autochtone vise à supporter l’entrepreneurship au sein des communautés autochtones, l’Initiative de Martin vise essentiellement à rendre l’éducation secondaire et post-secondaire plus accessible à la communauté «la plus jeune et la plus prolifique du Canada.»

Le principal obstacle avec lequel l’ancien premier ministre doit composer est l’indifférence des Canadiens, expliquait-il. Il soulignait qu’il rencontre très régulièrement des Canadiens travaillant à l’étranger pour subvenir aux besoins des populations du Tiers-Monde. «Seulement, ajoute-il, les Canadiens doivent réaliser qu’ils ont leur propre Tiers-Monde, et ce, à l’intérieur de leurs frontières.»

Andrew Doyle, sénateur étudiant pour la Faculté d’ingénierie, présent à la conférence, a également soulevé le problème de l’indifférence qui atteint la majorité des étudiants mcgillois. À cela, Martin a répondu qu’il faudrait travailler de pair avec les étudiants autochtone déjà présents sur le campus.

À la tête du gouvernement
Quoiqu’il soit aujourd’hui connu comme étant celui qui a fait des compressions budgétaires dans les programmes sociaux au moment où il était ministre des Finances, Martin soutient avoir notamment été responsable de création de la Fondation Autochtone de Guérison, mandaté pour pourvoir aux besoins des victimes des pensionnats indiens. Il aurait également travaillé à la rédaction de l’excuse formelle au sujet de ces mêmes écoles.

«Ceux qui croient que les pensionnats indiens n’ont eu aucun effet sur les différentes générations des populations autochtones n’ont qu’à prendre conscience des faits. Elles ont eu de terribles conséquences.» Il soulignait que pendant plus de 200 ans, les Canadiens ont privé des peuples autochtones de leurs traditions, leurs religions, et leur propre conscience. Pour lui, la discrimination prend aujourd’hui une tournure plus sournoise, alors que la discrimination se traduit par le sous-financement du système d’éducation des peuples autochtones. Par exemple, les écoles ontariennes hors-réserve recevraient près de 12 000$ des deux paliers de gouvernement pour chacun des élèves. Dans les réserves, les écoles disposeraient de moitié moins de ressources.

Paige Isaac, coordinatrice de la Maison des peuples autochtones à McGill, étudiante en science et et originaire de la communauté Micmac, dans la région gaspésienne au Québec, abonde dans le même sens. «Peu de Canadiens saisissent la tragédie de l’expérience relative aux pensionnats autochtones, et à la communauté autochtone en général» et c’est la raison pour laquelle la Maison des peuples autochtones existe. Elle souligne que l’organisation dont elle est présidente organise chaque année  un pow wow, pendant lequel un segment d’une population autochtone se rend sur le campus, des journées culturelles, des projections de films et des soirées informatives.

Pour Paige Isaac et Paul Martin, il ne s’agit pas de s’asseoir avec les décideurs politiques fédéraux, provinciaux ou territoriaux, et de dire aux décideurs autochtones ce qu’ils doivent faire, mais plutôt leur demander comment on peut les aider. «J’aurais tendance à croire qu’on a effectivement besoin de l’expérience de ceux qui ont réussi à assurer une éducation de qualité pour mettre de nouvelles écoles sur pied, et les administrer» lance Paige Isaac. «Assurément, il n’y a pas suffisamment de professeurs et d’administrateurs autochtones pour le moment.»

L’ancien Premier ministre mentionnait qu’il faut également y aller à coup de solutions novatrices. Par exemple, il mentionne la création d’un site web pour fournir des ressources pédagogiques et informatives aux écoles très éloignées et privées du support des commissions scolaires. Il a également fait allusion à la création d’un programme de mentorat pour les étudiants en comptabilité, la fondation d’écoles-modèles, et la mise sur pied d’un programme de partenariat entreprenariat jeunesse.

Pour Taylor Lawson, sénateur étudiant de la Faculté des Arts, il est inadmissible que McGill n’offre pas de programme en études autochtones. «On a quarante ans de retard sur le collège Dartmouth, et trente ans sur l’Université Harvard. Même ici au Canada, l’Université de l’Alberta a une Faculté d’études autochones.» Il souligne pourtant qu’il y aurait des efforts investis sur le campus pour mettre sur pied la possibilité de faire une mineure en études autochtones.

Le doyen de la Faculté des Arts, Christopher Manfredi, a profité de la conférence pour annoncer un nouveau partenariat entre l’université et le Councilling Foundation of Canada, ayant pour visée une plus grande accessibilité de l’éducation aux étudiants autochtones, spécialement au sein de l’école du service social et à la Faculté de Médecine. À cet effet, le Council Foundation Canada a émis un don de 60 000$ via le programme Indigenous Access McGill.

 
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