Je voudrais qu’on m’efface
10 novembre 2010

Je voudrais qu’on m’efface, premier roman d’Anais Barbeau-Lavalette, était sans conteste l’un des livres les plus attendus de la rentrée. Si le nom de la romancière vous dit quelque chose, c’est parce qu’elle s’est faite connaître avec le film Le Ring sorti trois ans plus tôt.

Elle a donc récemment –et avec raison– troqué la lentille pour la plume. Certains reconnaîtront d’ailleurs peut-être quelques épisodes du Ring dans le roman, car le livre devait paraître avant le film. Après la réalisation de Renée Beaulieu, Anaïs Barbeau-Lavalette a continué la création bien loin des artifices du cinéma et offre ainsi une excursion dans le cœur d’Hochelaga.

Trois jeunes de douze ans se battent pour leur vie dans ce quartier que plusieurs appellent Ho-Ma. Roxanne, qu’on croit demi-folle à l’école, doit composer avec la violence et l’alcoolisme de ses parents à la maison. Mélissa, elle, s’occupe seule de ses frères quand son beau-père fout le cam

p et que sa mère se prostitue. Kevin quant à lui est un garçon du Ritalin qui vit seul avec son père mécanicien et lutteur amateur.

Parmi les putes, les soirées alcoolisées de leurs parents et le quotidien dans leur classe pour «ortho», on découvre la réalité de trois enfants allumés dans un milieu éteint.

L’écriture

très cinématographique surmontée d’une langue propre aux habitants du quartier expose des passages émouvants et très drôles. Les personnages sont attachants et nous portent à réfléchir sans jamais tomber dans le caricatural et le pathétisme. La réalité de certains jeunes au sein même de notre ville est ainsi dévoilée.

Si le livre est une réussite, on appréciera aussi l’initiative visuelle qu’ont prise l’auteure et le directeur photo André Turpin. En effet, ils ont préparé une exposition de photos complémentaire au livre. La page couverture du roman est d’ailleurs une photographie tirée de l’exposition.

On aime bien aussi qu’un livre québécois, bien écrit et bien ficelé, dépeigne une réalité proche de nous.

Le cri de désespoir que l’auteur lance pour ces jeunes et l’urgence de les aider avant qu’il ne soit trop tard rendent cette œuvre bouleversante et intéressante.

 
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