L’étourdissante Tournée
3 novembre 2010
Gagnant du prix de la mise en scène à Cannes, Tournée est un spectacle enivrant.

Des paillettes et des plumes, du champagne et des bulles, constituent l’ambiance de Tournée, le quatrième long métrage de Mathieu Amalric. Le film raconte les dessous d’un spectacle de  striptease burlesque orchestré par Joaquim Zand (Mathieu  Amalric), avec sa  troupe de danseuses voluptueuses venues des États-Unis. Le cinéaste nous  transporte au cœur de la France en un éclair de génie: un spectacle hors du commun mettant en vedette des femmes aux  cambrures capiteuses et sans tabous.  Zand  veut  reconquérir  la  France  qu’il  a  laissée  pour  se ressourcer  et  oublier  son  passé.  Son  spectacle  n’a  rien  à  voir  avec  Broadway  ou  encore  les comédies musicales pour enfants; au programme de ce spectacle éblouissant et enivrant, c’est plutôt charme et coquetterie, légèreté et audace.

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Mathieu Amalric livre une performance où la discipline artistique domine. Son personnage tourmenté baigne dans la mélancolie, mais les élans de joie ne se font pourtant pas rares. Il s’est donc servi de la complexité de la vie pour interpréter un Joaquim Zand au bord de la crise de nerfs. La tension est palpable tandis qu’Amalric ressuscite avec succès un personnage qui semble avoir tout raté.

Les cinq stripteaseuses américaines, dirigées par  l’acteur et réalisateur, ont créé ce spectacle qui nous est présenté avec originalité et  sensualité. Le jeu est naturel et la sincérité qui s’en dégage donne un poids considérable au film.

Le réalisateur sait aussi capter l’attention du spectateur en jouant avec les lumières et la musique. On se croirait à l’époque du charleston. Tournée évoque aussi la force  des femmes dont les corps en mouvement se jouent des conventions et du conservatisme étouffant.

Striptease oblige, la nudité fait partie intégrante du film sans jamais choquer pour autant. Le respect de la  nature des corps voluptueux,  musclés  et gras est total. Les danseuses  dégagent  une  joie  de  vivre  à  travers  les mouvements de leur corps, et ce sans aucun complexe. C’est la célébration pure et simple des formes et des tailles.

Ce qui se passe derrière les rideaux est tout aussi ntéressant.  La  colère qui est explorée  avec  profondeur  dans  le  film rappelle que cette tournée devra rester périphérique, loin des lumières de Paris. Joaquim  Zand  ne  réussit  pas  à  se  faire  connaître  avec  sa  troupe  haute  en  couleurs  dans  la  capitale. S’en  dégage  une  frustration  rageante  qui  finit  par  se  dissiper  dans  l’ivresse  de  l’instant présent.

Amoureux de son propre métier, Joaquim  essaye  d’atteindre le  nirvana  en  contemplant  ces femmes qui l’ont suivi dans une folle aventure alors, même loin de Paris, the show must go on.

 
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