L’enfance mal aimée
26 octobre 2010
Dans 10 ½, l’univers des centres jeunesse est exploré à travers le regard d’un enfant et de son éducateur.

«Ça m’intéressait d’explorer la dévotion de ces gens qui choisissent des causes que l’on dit perdues mais qui peuvent ne pas l’être», explique Claude Legault, qui prend la peau de l’éducateur, dans une entrevue accordée à La Presse. 10 ½ est le portrait de Tommy (Robert Naylor), un enfant balloté entre différents services sociaux qui le jugent irrécupérable. Au centre jeunesse «Le Tremplin», il rencontre Gilles. L’éducateur, dont la patience est souvent mise à mal par Tommy, surmonte petit à petit ses provocations et tente de lui donner une nouvelle chance.

Tommy ne communique que par le biais de la violence, faute d’avoir appris autre chose. Il sacre sans relâche, se moque de ses camarades et insulte les éducateurs. En désaccord avec les règles qui régissent le centre, il entre régulièrement dans des crises d’une brutalité extrême, pendant lesquelles il se débat comme un forcené face aux agents de sécurité. Personne ne semble pouvoir apaiser la colère qui l’anime. Et lorsque la pédopsychiatre refuse de lui prescrire des médicaments, les éducateurs sont découragés, prêts à l’abandonner à un service psychiatrique. Pourtant, à force de détermination et de patience, Gilles finit par comprendre l’histoire de Tommy, éduqué par une mère malade et un père dépassé et absent. S’instaure alors entre l’éducateur et l’enfant une relation qui évolue de l’incompréhension à l’acceptation, voire peut-être, à une affection discrète.

La force de 10 ½ est le sobre traitement des thèmes abordés. L’absence de musique permet au réalisateur de ne pas tomber dans le mélodrame pathétique et renforce le réalisme du récit. Nul besoin d’une série de violons larmoyants pour toucher le spectateur. Les hurlements de Tommy, enfermé dans sa chambre à frapper contre les murs, et les regards de Gilles, entre inquiétude et découragement, suffisent à bouleverser le public.

Il n’est pas non plus question de juger le comportement de l’enfant, les réactions des éducateurs ou encore l’abandon désespéré des parents. L’approche du film est directe et le message est clair: le système des centres jeunesse est semé de failles qu’il ne s’agit pas de dénoncer mais de reconnaître et de comprendre. Et c’est justement cette sobriété dans la réalisation qui permet au spectateur d’être indigné et troublé sans avoir le sentiment de s’être fait manipulé par des images culpabilisatrices à l’excès.

Les comédiens contribuent à cette sobriété puisque leur personnage n’est ni magnifié, ni excusé. Ils sont terriblement humains. La retenue de Claude Legault, vieilli pour le rôle, permet à Robert Naylor de faire exploser toute sa colère avec une force troublante de sincérité. Le jeune acteur de 14 ans à peine, qui accumule les pubs et les doublages depuis l’âge de 8 ans, démontre un talent surprenant dans un rôle physique où beaucoup d’autres auraient pu échouer.

Podz confie en entrevue avec La Presse: «Je ne connaissais pas les centres jeunesse, mais je voulais explorer ce monde-là, pour l’humanité de la chose». Une véritable réussite.

Présenté au Festival du Nouveau Cinéma, 10 ½ sera distribué dans les grandes salles dès le 29 octobre.