Ça me pique, et toi?
18 octobre 2010
Les punaises de lit, qui ont presque été éradiquées dans les années 1970, font un retour en force dans les grandes villes du monde entier. Si les gouvernements crient à l’épidémie, les victimes, elles, endurent très souvent en silence.

«Tout logement, maison ou immeuble peut servir de logis à des punaises. Vous n’avez pas à avoir honte si ces insectes se retrouvent chez vous.» Voilà les mots de l’Office municipal d’habitation de Montréal dans un pamphlet produit en janvier 2009, alors que la crise des punaises de lit était en plein essor. Il n’y a aucune honte, donc, à avoir des punaises de lits puisque celles-ci s’attaquent tant aux logements bien entretenus qu’insalubres, tant aux riches qu’aux pauvres. Les punaises ne font aucune discrimination.

Pourtant, rares sont les gens qui osent parler de leur expérience. C’est que cette invasion demeure un sujet tabou. Une recherche rapide sur Internet nous permet de comprendre pourquoi. Petites pattes brunes, corps translucides gonflés de sang, antennes gluantes virevoltant sur le matelas… La punaise de lit est dégoûtante, surtout lorsque l’on sait que la durée moyenne de ses repas oscille entre dix et quinze minutes. Des images montrent des lits infestés de dizaines de petites taches brunes rampantes ou des bras couverts de tâches rougeâtres.

Ces piqures sont-elles suffisantes pour justifier le tabou qui entoure la punaise de lit? Elles doivent certes jouer un rôle, mais le véritable problème se situe au niveau de sa «transmission». Celle-ci se fait principalement par le voyagement. Valises, souliers, sacs à main, tout est propre à héberger une punaise, et sa multiplication est une des conséquences de la mondialisation. La punaise se propage également par l’entremise de meubles usagés. Il faut évitez de ramasser les meubles et matelas qui traînent sur le trottoir et lavez le linge acheté dans une friperie, avant de le porter.

Un peu comme pour une maladie transmise sexuellement, les victimes d’infestations sont très souvent rongées par la culpabilité et conséquemment, la honte d’avoir «attrapé» un tel parasite. Plusieurs personnes hésitent à avertir leur propriétaire, de peur de se faire expulser de leur logement ou même d’avoir à payer l’extermination du bloc complet, laissant ainsi le temps aux punaises non seulement de se multiplier, mais également de se propager à d’autres logements. Ce sentiment de honte s’étend jusqu’à la sphère sociale: les gens infestés ont souvent tendance à s’isoler, de peur d’infecter les autres, mais aussi d’être jugés. Les reportages parlent même de «détresse psychologique majeure» comme l’un des effets les plus graves de l’infestation.

Que ce soit sur les site de la ville de Montréal, du gouvernement du Québec ou du Canada, les consignes sont les mêmes: agir rapidement, ne pas tenter de régler le problème par soi-même et, surtout, ne pas avoir honte d’avertir les gens autour de vous, afin d’éviter la contamination. Plus facile à dire qu’à faire…