Immigration Canada: un système entonnoir
18 octobre 2010
C’est le cas du nouveau Groupe pour la réforme sur l’immigration, lancé il y a quelques semaines à Ottawa. Ce groupe vise à promouvoir un débat public à l’échelle nationale sur l’état de notre système d’immigration.

Quatre cent quatre-vingt-douze ressortissants sri-lankais tamouls dans le labyrinthe du système de réfugiés et neuf passagers clandestins marocains interceptés par des douaniers montréalais. Ces chiffres ne sont peut être pas significatifs considérant le nombre de demandeurs d’asiles auquel le Canada fait face chaque année. Pourtant, ces événements sont le pivot d’un revirement d’attitude de la part du gouvernement et des Canadiens.

«Ces deux groupes-là sont dans l’ancien système [de demandes d’asile]» affirme Rick Goldman, du Comité d’aide aux réfugiés. M. Goldman fait ici allusion à la nouvelle loi C-11, sur l’octroi du statut de réfugié. Selon lui, le nouveau régime annonce des délais plus longs entre les différentes étapes à compléter pour les demandeurs d’asile avant de pouvoir «s’installer». «Le gouvernement pousse pour des délais qui ne sont pas du tout raisonnables. On parle de quinze jours avant l’entrevue; la personne n’est pas orientée. Elle fait des démarches de base pour manger et se loger et elle n’a pas le temps de rencontrer un avocat», note Goldman.
D’autres groupes proposent une vision bien différente de ce que devrait être l’immigration au Canada et demande que des changements importants y soient apportés.

C’est le cas du nouveau Groupe pour la réforme sur l’immigration, lancé il y a quelques semaines à Ottawa.
Ce groupe vise à promouvoir un débat public à l’échelle nationale sur l’état de notre système d’immigration. «Toutes les politiques d’immigration jusqu’à ce jour convoitent les votes des immigrants», soutient Martin Collacott, son porte-parole. Pour M. Collacott la question à la base des politique migratoires du Canada devrait être de savoir de «combien de gens nous avons besoin». Leur réponse: nous en avons besoin, mais les effectifs devraient être à la baisse. Ils se disent aussi «opposés au multiculturalisme, à la mosaïque», affirme Martin Collacott, un ancien haut-commissaire du Canada au Sri Lanka. «Le Québec a déjà une liste de critères destinée aux immigrants potentiels des valeurs fondamentales qu’ils se doivent de comprendre [afin d’être intégrés dans la société]. Il faut aussi mettre au clair la position du Canada.» Le groupe ne se reconnaît aucune affiliation partisane, bien qu’à sa création, les journaux ont noté les couleurs de ses membres et leur passé sur la scène politique conservatrice.

Sur leur site internet, le groupe affirme vouloir démentir ce qu’ils décrivent comme les «mythes» de l’immigration, qui font l’objet d’une recherche assidue aujourd’hui de la part de plusieurs chercheurs à travers le pays*.

Dans les buts et objectifs affichés sur leur site internet, ils estiment notamment que des «modifications doivent être apportées à notre système d’éligibilité des réfugiés afin de prévenir l’abus à grande échelle». Martin Collacott pense que deux obstacles légaux rendent notre système dysfonctionnel: la Convention internationale relative au statut des réfugiés auquel le Canada a adhéré en 69 et l’Article 7 de la Charte canadienne des droits et libertés, relatif au droit à la protection de la personne. Ce dernier a rendu la tâche difficile au gouvernement qui tentait de renvoyer les personnes ayant essuyé un refus dans le processus de demande d’asile, selon M. Collacott. Cependant, si l’on en croit le nouveau projet de loi, Ottawa a trouvé une façon de remédier à ce problème. «Avec les nouvelles dispositions, il sera très exceptionnel qu’il y ait un examen des risques avant renvoi parce qu’elles prévoient une période de douze mois après le refus pendant laquelle on n’aura pas les droit de déposer la demande. C’est pendant cette période que le gouvernement compte renvoyer tous les réfugiés refusés», affirme Rick Goldman.

Une autre partie de l’étau qui se resserre autour de nos frontières est la liste des pays d’origine considéré comme «sûrs» dont les ressortissants pourraient passer par un système parallèle, à la vitesse supérieure. On ne sait encore rien du contenu de cette liste, qui sera laissé à la discrétion du gouvernement.

Pour le Comité d’aide aux réfugiés, cette liste est inacceptable. «Les demandes d’asile, c’est une affaire individualisée; il faut regarder chaque cas sans discrimination par rapport au pays d’origine.»

Quant à nos «boat people» et nos clandestins, ils se retrouvent à la limite des deux mondes, mais leur avenir ne semble pas rose. Martin Collacott lui soutient qu’«aucun d’eux ne possède un cas valide, mais ils vont rester ici à perpétuité parce que le système le leur permet, donc on va sûrement voir une augmentation du nombre de boat people».

Le monde, lui, reflète cette tendance. L’Australie est le grand frère qui fait l’admiration du cadet canadien quant aux politiques et «méthodes de dissuasion» relatives aux réfugiés . Le parlement français a adopté la loi sur l’immigration visant à faciliter l’expulsion des Roms.