«On veut étudier, on veut pas s’endetter!»
18 octobre 2010
Les fédérations étudiantes manifestent contre la hausse généralisée des frais de scolarité et lancent leur première opération «grilled cheese avec Jean Charest ».

Il est 10h30 en ce mercredi pluvieux d’octobre et une centaine d’étudiants s’est rassemblée au coin des rues Sherbrooke et McGill College devant le bureau du Premier ministre Jean Charest, pour distribuer des grilled cheese à la population. «C’est la première action de la campagne de sensibilisation sur la situation actuelle des étudiants, explique Louis-Philippe Savoie, président de Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Les grilled cheese symbolisent les 7$ par jour qu’un étudiant a pour manger.»

En effet, les associations universitaires redoutent une fragilisation de la situation économique déjà très précaire des étudiants, en raison de la hausse des droits de scolarité annoncée par le budget Bachand. Pour Léo Bureau-Blouin, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), «l’augmentation des frais de scolarité de 6% par année constitue un nouvel obstacle pour les finissants collégiens à s’engager dans un cursus universitaire.»

L’Institut de Recherche et d’Informations Socio-économique (IRIS) a publié, à la suite de la présentation du budget présenté en mars 2010, une analyse de l’impact qu’aurait la hausse des frais à l’université sur la population étudiante. Elle conclut que «les frais de scolarité ont une influence sur la fréquentation scolaire. Lorsque ceux-ci augmentent, une réduction de la fréquentation universitaire s’en suit généralement.» Pour l’IRIS, l’endettement étudiant augmente proportionnellement à l’augmentation des frais de scolarité.

Dans un contexte de déficit budgétaire, quelles seraient les alternatives à la hausse des droits de scolarité? Le président de la FEUQ est persuadé qu’une variété de moyens peut être mise en place sur le financement universitaire. «Cela fait plus de dix ans que l’on n’a pas de politique publique claire sur les moyens et mandats des universités et que ces dernières sont laissées à elles-mêmes en terme de financement, soutient Louis-Philippe Savoie. Il faut évaluer et établir leurs besoins et se donner les moyens financiers de les atteindre.»

Pour avoir des services publics de qualité dans le futur et maximiser les revenus de l’État, investir dans l’éducation supérieure semble être un choix pertinent selon la fédération. «C’est très rentable pour un gouvernement d’investir dans une université, assure Louis-Philippe, car chaque dollar investi rapporte 5.30$. De plus, les entreprises au Québec étant les premières bénéficiaires du système universitaire, leur contribution devrait être mise en cause car présentement elle est la plus basse en Amérique du Nord.»

«Des pétitions continuent à circuler, poursuit-il, nous avons déjà récolté plus de 3000 signatures. Dans les prochaines semaines sera lancée une enquête inédite sur les conditions de vie des étudiants afin d’avoir un portrait clair de leur situation, leur endettement, les motifs d’abandon, etc.»

Laurent Viau, président du Conseil National des Cycles Supérieur de la FEUQ, n’a également pas manqué de souligner qu’une «politique de différentiation des frais aurait également des impacts très graves. On a constaté qu’il était beaucoup plus difficile pour un étudiant venant d’une famille à revenus modestes d’accéder aux études universitaires en médecine dans le reste du Canada où l’endettement et les frais de scolarité sont plus élevés.»
La FEUQ (dont l’AÉUM ne fait d’ailleurs plus partie depuis 2006) compte également sur les rencontres prochaines avec la Ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, afin de communiquer sa position. Ces rencontres, qui se tiendront plus tard en automne, visent à déterminer la modalité de la hausse des droits de scolarité post-2012. Jusqu’ici, la TaCEQ (table de concertation des étudiants du Québec), à laquelle les étudiants de McGill sont affiliés, n’a pas prévu d’activité ou de réponse face au début des consultations.