The Trotsky
5 octobre 2010
Léon Bronstein (Jay Baruchel) est un adolescent plutôt particulier. Ayant souffert d’être «l’enfant du milieu» dans une famille juive assez conservatrice, il s’est retiré dans des lectures historiques qui l’ont persuadé qu’il était la réincarnation de Léon Trotsky.

Un film canadien, en anglais, dont l’action ne se déroule ni à Toronto, ni à Vancouver, mais à Montréal, voilà qui a de quoi attirer l’attention. Mais si c’est d’abord la curiosité qui nous pousse à poser un oeil sur The Trotsky, on est rapidement conquis. Dès les premières minutes, le ton est donné: on a affaire à une comédie intelligente comme il s’en fait peu.

Léon Bronstein (Jay Baruchel) est un adolescent plutôt particulier. Ayant souffert d’être «l’enfant du milieu» dans une famille juive assez conservatrice, il s’est retiré dans des lectures historiques qui l’ont persuadé qu’il était la réincarnation de Léon Trotsky. Entêté, il compte faire coïncider les événements de sa propre vie avec ceux du révolutionnaire russe. C’est ainsi qu’il entreprend de trouver «son Staline», pour faire de lui son allié, mais, plus important encore, «son Alexandra», celle qui a été le premier grand amour de Trotsky. Cette femme (Emily Hampshire), il la trouvera sur le campus de McGill: une étudiante en droit qui se nomme, elle aussi, Alexandra et qui est de neuf ans son aînée, comme c’était le cas de l’épouse de Trotsky. Dans cet alignement de coïncidences, le jeune Léon voit la confirmation de sa destinée. Il entreprend alors de faire la révolution dans son école secondaire et de mener les étudiants dans une révolte contre la direction du collège.

Jay Baruchel, acteur d’origine montréalaise qui s’est déjà constitué une carrière intéressante à Hollywood et ailleurs, revient donc au bercail pour notre plus grand bonheur. Son jeu est juste et le personnage lui va à ravir. Emily Hamphire est également attachante dans le rôle d’Alexandra, sans toutefois se démarquer outre mesure. C’est à Jacob Tierney qu’il convient de lancer des fleurs, puisque c’est à lui qu’on doit le scénario et la réalisation du film. Ce jeune cinéaste d’à peine trente ans nous livre ici un second long métrage qui ne manquera pas d’attirer l’attention sur lui. Il s’est d’ailleurs distingué aux festivals de Tokyo et de Toronto, de même qu’à l’Atlantic Film Festival. On comprend rapidement pourquoi: l’humour y est abondant sans être facile, les personnages sont attachants et les dialogues sont habiles.

On parle souvent de l’américanisation du cinéma québécois, et il est vrai que The Trotsky a quelque chose de très américain qui va au-delà de la langue. Mais il a également un côté très montréalais: les images de la ville et celles du campus mcgillois sont abondantes et la formation Malajube assure la trame musicale. On y sent également la cohabitation un peu compétitive de deux langues, de deux communautés culturelles, qui fait le propre de Montréal. Lorsque, embarrassée par les ambitions révolutionnaires du héros, sa sœur lui demande s’il n’a pas honte de faire de sa famille la risée de la ville, Léon répond, du tac au tac: «Half the city, Eli. The French don’t care.»

The Trotsky, un film à voir, assurément. Disponible en DVD dès cette semaine.