EXCLU WEB: Amir Khadir sur l’université québécoise
5 octobre 2010
Le Délit a rencontré Amir Khadir, co-chef de Québec Solidaire, afin de connaître son opinion sur les différents sujets d'actualité universitaire.

Le Délit: Vous êtes médecins et vous pratiquez la médecine dans un pays où les soins de santé sont gratuits. Est-ce-que vous pensez que l’éducation postsecondaire devrait l’être aussi?

Amir Khadir: Oui, mais c’est une question de priorités. Si on considère l’éducation dans une logique de «coût-bénéfice», on a tendance à la reléguer à l’arrière plan. Pour nous, à Québec Solidaire, dans notre petit canoë, l’éducation ce n’est pas une dépense, c’est un investissement, d’abord, et c’est un droit encore plus fondamentalement. Québec Solidaire propose de réinvestir massivement dans l’éducation post-secondaire et de le rendre gratuit.

LD: Il y en a des groupes étudiants qui dénoncent le manque de transparence de la part des administrateurs des universités québécoises. Est-ce que vous pensez que les universités ont un rôle à jouer dans la direction des affaires internes des universités ou vous pensez que le gouvernement devrait s’en charger et donner une ligne directrice?

AK: Je pense que les étudiants doivent scruter avec attention la manière dont l’argent du public est géré dans leur université, puis apporter des critiques. Ça ne veut pas dire qu’on devrait mettre les universités sous tutelle ou demander au gouvernement d’intervenir. Le problème c’est que le modèle de gestion actuel encourage la bureaucratie de cadre qui va de paire avec la logique des primes. Tout cela gangrène l’université en accordant des dépenses parfois somptuaire pour l’administration, qui s’autorise toutes sortes de privilèges, alors même qu’elle coupe dans les services aux étudiants et qu’elle augmente les frais de scolarité. Mais moi je ne pense pas que le gouvernement devrait augmenter le financement public des universités.

LD: La ministre Beauchamp a promis une réponse à la hausse des frais de scolarité pour le MBA offert à McGill. Est-ce que vous pensez que le Gouvernement sera sincère dans sa réponse?

AK: Je ne sais pas s’il est sincère, mais je peux penser que Madame Courchesne sans doute l’était. Je ne sais pas pour Madame Beauchamp, on va voir en temps et lieu. Nous sommes quand même content que deux ministres ce soit prononcer comme ça, alors c’est à eux de prouver leur sincérité.

LD: Est-ce vous que puniriez McGill pour une telle hausse?

AK: Mais oui, bien sûr. Ça accentue l’érosion de l’idée de l’accessibilité, de l’équité, de la gratuité de l’éducation.

LD: Pensez-vous que le Premier ministre serait prêt à déréguler les frais de scolarité entièrement après 2012?

AK: Depuis leur premier mandat, en 2003, tout ce qu’on a vu c’est une apparence de privatisation, par exemple dans le dossier du mont Orford et dans la restructuration en douce et sournoise du système de santé. Donc dans cette même logique, il cherche absolument à financer l’éducation dans une perspective utilisateur-payeur. Donc s’ils ont l’opportunité politique, s’ils ont le rapport de force politique, oui. Je suis persuadé que si ce gouvernement se maintient au pouvoir après 2012, ils vont procéder à la dérégulation des frais de scolarité. À cause de la résistance rencontrée dans la société ils n’ont actuellement pas le rapport de force politique pour le faire.

Lors du dépôt du budget Bachand, nous avons proposé des moyens légitimes pour aller chercher les revenus supplémentaires pour renflouer les coffres du gouvernement. Commençant par une augmentation des contributions fiscales des contribuables à revenus plus important. On parle d’imposer un pallier d’impôt sur ceux dont leur revenu individuel dépasse les 115 000 dollars et d’abolir les nombreuses exemptions fiscales que le gouvernement accorde aux entreprises du secteur financier. Nous avons proposé aussi d’autres mesures et nous avons fait des calculs sur une série de mesures très concrètes et immédiatement applicables qui pourraient permettre au gouvernement d’aller chercher entre 5 et 6,5 milliards de dollars.

LD: Quand vous étiez à l’université, quels aspects de votre éducation vous ont fortement influencé?

AK: Grâce a l’éducation publique, au financement public de l’éducation supérieure, puis au soutien que j’ai eu tout au long de mes années d’études, j’ai pu devenir médecin, spécialiste. L’éducation postsecondaire est un investissement incroyable et c’est pour ça que les entreprises devraient contribuer directement à l’effort de financement des universités, parce qu’ils sont les premiers à en profiter.

LD: Est-ce que l’ouverture au financement des universités par les entreprises ne mènera pas à la mise en tutelle de l’université auprès de l’entreprise et donc, à l’université d’être soumise à la direction que la compagnie veut bien lui donner?

AK: Les entreprises le font maintenant, notamment à travers les fondations. Nous sommes contre ça. Il faut qu’elles contribuent au financement de l’éducation comme elles paient un impôt, une redevance pour le savoir. Ils sont en train d’extraire le savoir de notre peuple, qui est notre ressource naturelle la plus importante, ils l’exploitent, donc ils devraient en payer la redevance. Quand tu exploites une ressource qui appartient au public, il faut que tu sois responsable, il faut que tu paies quelque chose en échange. Que ça soit dans les mines, que ça soit pour les gaz de schistes, que ça soit pour l’eau. Et maintenant pour le savoir —ils exploitent toutes les ressources naturelles qu’on produit publiquement, sans payer de redevance, sans assumer une partie des coûts.