Le droit à la dignité
14 septembre 2010
Les audiences publiques appellent dès maintenant aux jugements moraux et aux débats législatifs des Montréalais sur le droit de mourir ou de vivre dans la dignité.

Les audiences publiques de la commission sur le droit de mourir dans la dignité, présidée par Monsieur Geoffrey Kelley, député de Jacques-Cartier, sont présentement enclenchées; neuf députés ont ainsi pour mandat d’examiner cette question délicate. Comme M. Kelley l’a rappelé lors du point de presse, il s’agit d’une démarche qui n’est associée à aucun parti politique en particulier et qui cherche à entendre les citoyens sur les thèmes de l’euthanasie, du suicide assisté et des soins palliatifs, dont les aspects légaux et moraux sont de plus en plus débattus dans la province et ailleurs dans le pays.

Le processus s’inscrit dans l’esprit d’une résolution ayant été adoptée à l’unanimité le 4 décembre 2009 par l’Assemblée nationale, visant la mise sur pied de la commission spéciale chargée d’étudier des questions concernant la fin de la vie. Ce sujet est donc passé sous la loupe des citoyens du 7 au 10 septembre à Montréal, et va se déplacer dans sept villes du Québec, choisies par les membres de la commission de façon à couvrir le plus de régions possibles.

Prises de positions

Le sujet sème la polémique au sein de divers représentants de la société civile. L’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité milite en faveur du respect de la volonté personnelle. Pour eux, les choix se rapportant à la fin de la vie devraient rester à la discrétion de l’individu, en accord avec son propre sentiment vis-à-vis de sa qualité d’existence en tant que malade.

Le Collège des médecins du Québec présente quant à lui une vision orientée vers les soins promulgués aux patients qui font face à une situation d’incurabilité. Comme le Collège le laisse entendre dans le mémoire qu’il a déposé à la Commission, la légalisation de l’euthanasie serait un moyen de «laisser les patients à eux-mêmes sous prétexte de respecter leur autonomie». Il se prononce donc en faveur d’une refonte du débat vers les soins qui peuvent être apportés aux patients en fin de vie.

Une question éthique

Cette question comporte de façon inhérente un caractère philosophique, ce que défend Margaret Somerville, professeure de droit et de médecine à McGill. Elle croit notamment que «l’aide au suicide peut affecter défavorablement nos jugements éthiques entourant la mort». La question de l’euthanasie en soi ne se limite pas à la légitimité de la fin de la souffrance physique. Il faut, selon elle, se demander si le bien-fondé du droit à la mort peut s’étendre dans le cas où une personne souhaite mettre fin à ses jours, mais pour des raisons autres que celles des limites de la médecine. Il s’agit de définir l’euthanasie, mais aussi d’autres concept-clés y étant reliés, telle que la dignité humaine. Cette dernière était une notion ne pouvant se dissocier du respect de la vie humaine qui, pour Mme Somerville implique «la valeur de l’humanité dans son ensemble».

Avec plus de 200 mémoires qui seront envoyés à la Commission, force est de constater que cette question polymorphe suscitera l’intérêt de la population québécoise. Ce sera à la Commission de trancher face aux dissensions rencontrées: la conclusion qui sera tirée des audiences publiques pourrait éventuellement mener à la mise en œuvre d’un projet de loi. Dans tous les cas, le Québec devra se limiter à la prescription de comportement pour les médecins, la légalisation de l’euthanasie relèvant d’un changement au code criminel et donc du gouvernement fédéral.