28 octobre 2014

28 octobre 2014

Actualités | 16 mars 2010
Parlez-vous français?
Les diplômés de McGill qui souhaitent pratiquer leur profession au Québec devraient-ils être tenus de parler le français? Une diplômée en médecine dentaire relance le débat.

Après avoir obtenu son diplôme en médecine dentaire à McGill, Jennifer Plotnick, s’est vu refuser le droit de pratiquer sa profession. La raison? Elle a échoué le test de français requis pour pouvoir pratiquer la profession de dentiste dans la province de Québec. Bien malgré elle, Jennifer Plotnick relance le débat de la présence du français à McGill.

Le cas de Jennifer ne semble pas être isolé. Évaluant les capacités de compréhension et d’expression des étudiants autant à l’oral qu’à l’écrit, l’examen doit être réussi par tous les anglophones ayant étudié dans une université québécoise anglophone et n’ayant pas fait leur secondaire ou leur CÉGEP au Québec. Ceux-ci sont donc mis dans une catégorie différente des anglophones n’ayant pas étudié au Québec, qui eux bénéficient de jusqu’à trois permis probatoire de douze mois chacun pour apprendre le français.

La logique derrière cette loi, explique Martin Bergeron, porte- parole de l’Office québécois de la langue française, est qu’un étudiant de McGill, de Concordia ou de Bishop a passé quatre ans ou plus dans un environnement francophone, ce qui n’est pas le cas d’un étudiant provenant d’une université à l’extérieur du Québec. Cependant, un bref coup de sonde des étudiants anglophones de l’Université permet de douter que McGill soit un endroit propice à l’apprentissage de la langue française. Jennifer Plotnik nous le confirme: «en tant qu’étudiante à McGill, je n’ai pas eu à apprendre le français».

S’agit-il de mauvaise volonté ou d’une réelle impossibilité? La responsabilité individuelle des diplômés semble aussi être en cause dans cette situation. Étienne Cayer, étudiant en sciences politiques et économie, s’interroge: «si ces étudiants veulent tant pratiquer [la médecine dentaire] à Montréal, et au Québec parce qu’on ne peut pas dissocier les deux, pourquoi ne font-ils pas d’efforts en amont pour apprendre le français?». Pourtant, David Zuluega, étudiant en économie et mathématiques, reconnaît qu’«à l’université autant que dans ses environs, il est très rare de ne pas pouvoir trouver une personne qui ne parle pas anglais». C’est pourquoi Plotnick persiste à croire qu’un permis probatoire serait la meilleure façon pour eux d’apprendre le français. «Si je n’avais pas à faire trois heures de voyagement à chaque jour pour pratiquer ma profession ailleurs qu’au Québec je pourrais utiliser ce temps et cet argent pour apprendre le français avec un tuteur».

Malgré tout, Jennifer Plotnick reste sceptique face à l’idée d’un cours de français obligatoire dans le curriculum des élèves de McGill. «Cet élément pourrait amener plus de stress aux étudiants qui sentiraient le besoin d’exceller autant dans leur profession que dans le domaine linguistique. Le permis probatoire, lui, réglerait le problème: cela permettrait à la fois aux étudiants de rester à Montréal ainsi que d’améliorer la pénurie de professionnels dans le domaine de la santé». Par contre, certains étudiants croient que l’université devrait assumer une certaine responsabilité face à la communauté francophone dans laquelle elle est située. Dans ce cas l’attribution du permis ne permettrait pas de régler le problème sous-jacent: l’absence de liens entre l’université et la communauté francophone de Montréal.