Un chez-soi déjanté
9 février 2010
Le centre de danse contemporaine et d’arts interdisciplinaires Studio 303 convie le public à de nombreux rendez-vous ludiques parmi lesquels Instructions, présenté le 6 février dernier.

Pénétrer dans la salle intimiste du Studio 303 évoque des retrouvailles familiales. On y discute avec animation et l’on se sert un rafraîchissement avant d’assister à une brève présentation des artistes, souvent déjà connus de la plupart des membres de l’auditoire.

Le studio a évolué de manière exponentielle depuis son ouverture dans les années 80. Plaque tournante des arts interdisciplinaires, le cercle des membres de l’espace, situé au troisième étage du Belgo, s’est graduellement élargi aux amateurs. Les professionnels autoproclamés de la «danse et des pratiques indisciplinées» y rencontrent donc une structure propice à la création et à l’échange: d’abord le welcome lab, puis la possibilité de demander une bourse, ou d’y trouver des conseils.

Qui s’y aventure peut se prêter à diverses expériences scéniques au fil des ateliers offerts: de la vidéo au mime, en passant par la conception d’éclairages, le Butoh japonais, l’écriture dramatique et les cours de danse techniques. De ce mélange absolu des genres et des disciplines découlent notamment des performances en symbiose avec les technologies émergentes qui font connaître la danse contemporaine canadienne à l’international. Le studio 303 offrira justement au début du mois de mars un atelier de dix jours intitulé Celldanse, une création de vidéo- danse réalisée avec un téléphone cellulaire. Si les ateliers plus pointus sont destinés aux professionnels, le public est quant à lui toujours invité à assister aux représentations ou à s’inscrire à des classes ouvertes. Mentionnons le cours de yoga-danse, guidé par Louis Guillemette, où chacun constitue son propre langage d’expression corporelle ou encore les jams de contact-improvisation du dimanche, un incontournable.

La libre-expression donne parfois des résultats bien hétéroclites et souvent déroutants. Les trois performances présentées samedi dernier sous le titre Instructions en sont d’ailleurs la preuve. Des instructions sont d’abord données par une voix off à deux personnages de confessions religieuses antagonistes. Un musulman s’exécute devant le public tandis qu’un Juif orthodoxe répond aux mêmes commandements sur un écran, portant à réfléchir sur l’identité sémitique qui les unit. Lors du second volet, c’est au tour du public de se lever et d’obéir aux ordres qu’on lui dicte. Puis, tout dégénère dans la troisième partie alors que le spectateur est étrangement catapulté dans l’univers infernal d’un couple au sourire figé par un appareil martyrisant. Ils s’administrent réciproquement beignes et crème fouettée pour enfin aboutir sur une autre planète où se trouvent deux extraterrestres nus soutenant à deux mains leur phallus auréolé d’un ballon gonflé…

Il faut se rendre dans ce sanctuaire de la créativité pour découvrir le côté libérateur de certaines formes d’expression. Dans les ateliers de théâtre physique de Pierre Blackburn, par exemple, hurler, courir et se vautrer sur le plancher peu s’avérer merveilleusement défoulant pour l’acteur, mais difficile d’accès pour qui ne se complaît pas dans la cacophonie. La danse est néanmoins une valeur sûre pour qui souhaiterait élargir ses horizons. C’est donc un rendez-vous le 13 février prochain, pour assister à Faith avant de se rendre au Studio pour un spectacle nocturne de Jacques-Poulin Denis, DORS. install, qui sera présenté gratuitement dans le cadre de la Nuit Blanche.