La capsule sonore
2 février 2010
Un Grammy pour une Granny

Quelqu’un pourrait-il m’instruire et me dire qui est ce Justin Beiber dont s’éprennent toutes les fillettes avides de MTV?

À bien y penser, il ne m’est pas utile de le savoir: je ne fais pas partie de ce public cible qui revêt des fringues roses, la morve au nez, quêtant des 10$ ça et là pour se pâmer devant les derniers flops d’Hollywood. Suis-je trop vieille? (roulement de tambours) Non. Enfin, pas aux yeux de mes géniteurs. Est-ce pour eux une conviction de rajeunissement? Sûrement. Mais le début de la vingtaine, chers lecteurs, est-ce vieux? Je refuse.

Vieille ou non, je n’écouterai pas ce kid aux allures de Zac Efron (lui, je sais, malgré moi, qui il est). Je compte même m’aventurer chez un disquaire et cacher les albums de Justin Beiber derrière mes deux derniers coups de coeur, Contra de Vampire Weekend et Battle Studies de John Mayer.

Il y a maintenant près d’un siècle, lorsque je sombrais dans l’enfer de la préadolescence, ma cousine de dix ans mon aînée s’est certainement sentie comme moi face à ce gino de Justin Beiber. «Amélie, c’est quoi *NSYNC? Une association étudiante?», ou encore «All Saints, c’est un nouveau groupe gospel?». Suite à ces questions, je levais les yeux au ciel, consciente du simili- sérieux de ma cousine. Je prenais ensuite une respiration fébrile, discrète, et j’expirais de manière à ce que chaque adulte de la pièce soit surpris de m’entendre. Je brandissais ensuite ma revue aux pages-de- papier-glacé-envahies-de-posters-de-collection. «Tu liras», avais-je l’habitude de lancer. Bien sûr, je ne lui passais pas ma bible, cette revue sacrée, le fruit de mon argent de poche hebdomadaire. «Y’en vendent au dep.» Dix ans plus tard, dans sa peau, ou presque, je sais à quoi renvoie ce discours. Je vais donc rester dans mon ignorance et refuser de comprendre.

P.S.: A tous ceux qui, comme moi, n’ont maintenant plus honte de leur âge, Uffie et You Say Party! We Say die! lancent un album cette semaine. À trouver dans le rayon nouveautés dans lequel Justin Beiber -croyez-moi- restera introuvable.