Fortune Cookie
2 février 2010
En chute libre

La période de crise financière que nous connaissons actuellement affecte de nombreux secteurs de notre société. Le Japon a quant à lui été frappé par une crise économique au début des années 1990 et ne s’en est jamais vraiment relevé depuis. L’impact le plus dramatique de cette crise? Probablement le haut taux de suicide chez les Japonais.

Les statistiques pour 2009 sont désolantes. Pour une douzième année consécutive, plus de 30 000 personnes se sont enlevé la vie dans l’archipel, faisant du Japon l’un des pays industrialisés au taux de suicide le plus élevé. Il ne faut pas commettre l’erreur de croire que le suicide est une pratique ancrée dans la culture japonaise, en se basant sur la tradition des samouraïs et des kamikazes. La cause principale du suicide de nos jours n’est pas une question d’honneur, mais réellement une question reliée à la santé économique du pays.

La récession a touché un nombre important de Japonais qui ont perdu leur emploi ou leur stabilité financière, mais ces personnes doivent toujours soutenir leur famille, et payer les frais liés à l’éducation de leurs enfants. Avec un système de prêts nécessitant l’engagement des proches pour garantir le paiement de leurs mensualités, plusieurs Japonais tombent dans le désespoir et la culpabilité face à leur famille. Dans certains cas, le suicide est même perçu comme une solution pour aider la famille, qui touchera alors une prime d’assurance.

Un grand nombre de personnes accumulent des dettes qu’ils sont incapables de payer lorsqu’ils perdent leur emploi, situation qui est de plus en plus fréquente chez les jeunes, qui sont les premiers à être licenciés. Il est alors difficile de vivre avec la pression de devoir payer ses dettes: une personne endettée peut être harcelée par ses prêteurs, qui exigent un paiement et qui peuvent même acheter une prime d’assurance en cas de suicide, sans même à avoir besoin du consentement du client.

Si les problèmes financiers peuvent mener au suicide, le problème principal du Japon est de ne pas avoir assez de programmes de prévention ou d’aide pour les personnes en détresse. La ville de Kurihara, dont le taux de suicide était presque le double de la moyenne nationale a réussi, en deux ans, à faire baisser ce chiffre de moitié. L’initiative qui a été lancée consiste à aider les personnes en difficulté en leur offrant un prêt moins contraignant, afin qu’ils soient en mesure de rembourser leurs dettes.

Dans toute cette histoire, qui doit-on blâmer? Les institutions financières qui imposent des règles trop contraignantes aux demandeurs de prêts? Le gouvernement qui n’aide pas à combattre le suicide? Ou la société qui ne s’efforce pas de soutenir les personnes en détresse? Il y a définitivement une lacune à ce niveau au Japon, car il n’y a pas que les personnes qui sont dans des situations financières précaires qui se suicident. Nous pouvons entre autres penser à de nombreux cas de suicide chez des jeunes qui fréquentent des écoles primaires. La cause de ces suicides est souvent reliée à des cas de harcèlement et de persécution qui ont lieu en raison de la «différence» de la victime.

Dans un pays où le conformisme et l’esprit de groupe sont des valeurs clé, il est n’est donc pas surprenant que les problèmes d’ordre individuel puissent passer inaperçus.

Le fortune cookie de cette semaine: «Un héros est une personne ordinaire qui trouve la force de supporter et de persévérer en dépit d’obstacles écrasants.» – Christopher Reeve