Tout petit tout petit
17 novembre 2009
Nicolas Chalifour signe chez Héliotrope Vu d’ici tout est petit, un premier roman tantôt sucré, tantôt acidulé.

Dans un vieux manoir «tout ce qu’il y a de plus ma-gni-fi-que» transformé en auberge luxueuse, une drôle de créature déambule d’un étage à un autre, scrutant quotidiennement les moindres faits et gestes des gens qui l’entourent mais qui ne la voient pas. Se transportant tour à tour dans les cuisines, sous le bureau de la directrice aux talons pointus et dans sa cachette surnommée le «trou», prenant bien soin que nul ne l’aperçoive, le petit être narre en long et en large la routine au manoir, derrière laquelle se cachent des réalités beaucoup plus sombres que ce que les apparences ne laissent croire; malgré les paysages bucoliques du domaine, des histoires d’adultère, de viols et d’autres crimes scrupuleux font surface. De ses différents postes d’observation, la créature commente et vit à travers les actions des autres, allant jusqu’à s’amouracher, en secret toujours, de la plus belle femme de chambre du manoir.

Dans ce premier roman, Nicolas Chalifour parvient à transporter ses lecteurs dans l’univers tout à fait décousu et quasi fantastique de ce petit être obscur. Dès les premières pages de Vu d’ici tout est petit, c’est la langue enfantine et naïve de ce narrateur qui frappe, surprend et amuse. On ne peut s’empêcher de se demander qui se cache derrière ces interminables phrases, une question qui reste pourtant sans réponse, même à la fin du roman. L’effet d’amusement se perd, malheureusement, au fil des pages, allant jusqu’à lasser et irriter le lecteur qui se sent prisonnier de cet étrange narrateur qui l’empêche de pousser l’intrigue plus loin. Entre le début et la fin de l’histoire, tous deux assez intrigants, on se sent obligé de lire les moindres pensées –souvent répétitives– du narrateur, ce qui a pour effet de rendre la lecture du roman quelque peu lourdaude et morne en dépit du langage coloré. Or, comme le dit le titre du livre, du point de vue du petit être à la langue bien pendue, tout est petit et, malheureusement pour le lecteur, l’intrigue n’y échappe pas. Si dans son premier roman Chalifour réussit à nous transporter à plusieurs lieues du conforme et du commun, on aurait souhaité trouver dans Vu d’ici tout est petit une intrigue un peu mieux ficelée qui aurait rendu la lecture plus fluide.

Vu d’ici tout est petit
Par Nicolas Chalifour
Éditions Héliotrope
21,95$