Fortune Cookie
10 novembre 2009
Exposé: la Corée du Sud

Comme vous le savez surement, lorsque les médias parlent de la Corée du Nord, la spéculation est toujours de mise, mais la situation est différente lorsqu’il est question de la Corée du Sud. Pourquoi? Tout simplement car les médias n’en parlent pas ou presque pas: on y fait seulement référence lorsqu’il est question de la Corée du Nord, lors d’évènements sportifs internationaux et, de façon rarissime, lorsqu’il est question de culture (avezvous entendu parler du film Haeundae dernièrement?). Que se passe-t-il donc au sud du trente-huitième parallèle?

Commençons par un survol de quelques faits plus connus. La guerre de Corée a eu lieu de 1950 à 1953, les Jeux olympiques de 1988 ont eu lieu à Séoul et en 2006, le politicien sud-coréen Ban Ki-moon a été élu Secrétaire général des Nations unies.

Maintenant un fait moins connu. Dans le cas où une guerre éclaterait entre la Corée du Sud et un autre pays, la Combined Forces Command serait responsable de commander les troupes sud-coréennes ainsi que les 30 000 soldats américains postés en Corée. Fait intéressant, la Combined Forces Command est directement sous le contrôle américain. Cherchez l’erreur… Heureusement, en 2006 les États- Unis et la Corée du Sud se sont entendus pour redonner le contrôle à un centre de commande coréen, ce qui devrait prendre effet en 2012.

Changeons de sujet pour un moment. Depuis quelques semaines, il est possible d’entendre parler du projet de Communauté Est-Asiatique (CEA) proposé par le président japonais Yukio Hatoyama, et on y discute entre autres de la liste potentielle des membres. Selon les autorités chinoises, elle devrait rassembler la Chine, la Corée du Sud, le Japon et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE, un groupement de dix pays, dont l’Indonésie, la Malaysie et les Philippines); alors que le Japon propose plutôt d’inclure le Sommet de l’Asie orientale (EAS) dans la liste des membres de la CEA, ce qui ajouterait l’Inde, la Nouvelle-Zélande et l’Australie aux pays proposés par la Chine.

Si l’idée de Hatoyama est bien reçue par la Chine, la Corée du Sud, l’ANASE, la Russie et même le Dalaï-lama, elle soulève toutefois des questionnements lorsque les États-Unis sont cités comme membres potentiels par Hatoyama et quelques spécialistes… permettez-moi d’émettre quelques doutes.

Oui, les États-Unis ont leur place dans des organisations telles que la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC), mais si la CEA se base sur le modèle de l’UE, il y a des implications fondamentalement différentes. Il faut entre autre penser au libre échange, aux politiques frontalières et à la monnaie commune. Trois raisons justifient déjà un refus des États-Unis: leur protectionnisme, leur attitude face au terrorisme et leur économie moins prometteuse que celle de la Chine.

Soyons réalistes quelques minutes: avec l’exemple du contrôle américain de l’armée sud-coréenne, il semble plutôt clair que les États-Unis utilisent leurs alliances pour exercer une certaine emprise sur la politique et l’économie de la région. Le but de la création d’une communauté est-asiatique est de promouvoir la collaboration économique dans la région et non de transformer l’Asie en un pantin au service des États-Unis.

À quoi ressemblera donc la future géopolitique de la Terre? Bien que d’un point de vue économique, le marché asiatique est possiblement le plus prometteur, il est déjà possible d’imaginer que les États-Unis vont s’opposer à l’idée de la CEA, qu’ils en fassent partie ou non. Pour ceux qui pensent que la solution serait plutôt de créer une union nord-sud-américaine, ils peuvent toujours rêver.

Cette semaine, un fortune cookie pour chaque habitant de la future CEA: «Tout individu collabore à l’ensemble du cosmos.» – Friedrich Nietzsche