Une assiette locale à McGill
3 novembre 2009
Un menu local à McGill quelques jours par mois, c’est maintenant possible grâce aux Local Food Days. Le Délit a rencontré quelques bénévoles pour en savoir plus... avant de succomber à l’excellente ratatouille du chef.

Il est dix-sept heures à la cafétéria de la résidence mcgilloise Douglas Hall et les étudiants arrivent par grappes pour saisir leur plateau et choisir leur repas. C’est un souper qui a presque toutes les apparences d’un souper habituel, mais le 30 octobre, il n’y avait pas que les citrouilles souriantes qui égayaient l’atmosphère: le menu principal était composé presque entièrement de produits locaux, du repas principal aux accompagnements, en passant par la pomme gratuite offerte par la ferme McDonald de McGill. Il s’agissait de la sixième Local Food Day sur le campus de

McGill depuis la rentrée. Une initiative verte et santé du McGill Food Systems Project, les Local Food Days ont pour mandat de rendre accessible aux étudiants mcgillois un menu composé majoritairement de produits frais venant de quelques heures au plus de Montréal et ce, dans trois cafétérias, à toutes les dernières semaines du mois. Si, habituellement, les aliments servis à la cafétéria peuvent provenir d’aussi loin que l’Europe, le sud des États- Unis ou l’Amérique du Sud, ce sont de la volaille de Drummondville, de la farine de St-Polycarpe, du porc de Lévis et des fruits et légumes de la ferme du campus McDonald, à Ste- Anne-de-Bellevue, qui se retrouvent dans les assiettes lors de ces journées spéciales. «Nous cherchons à montrer aux étudiants que manger des produits locaux, c’est un choix facile et possible», explique Margaret Waterhouse, bénévole et étudiante en première année en environnement. Selon Alex Briggs, également bénévole et étudiant en deuxième année en génie mécanique, les assiettes locales sont également abordables: «Pour 6$, on a une bonne quantité de nourriture dans notre assiette. Si l’on considère en plus que le repas est fait d’ingrédients frais et santé, c’est sûr qu’on en a pour notre argent».

Il est cependant impossible pour l’instant d’avoir un menu réellement entièrement local. «La cafétéria n’arrête pas de servir ce qui n’est pas local, précise Mme Waterhouse, en désignant les jus et collations habituelles. Si l’on retire toutes les boissons gazeuses traditionnelles des tablettes, les étudiants vont déserter la cafétéria. » Tout de même, la bénévole estime que 85 à 90% des aliments au menu viennent des régions autour de Montréal. Il reste cependant à savoir ce qui arrivera quand l’hiver s’installera au Québec. «C’est difficile de manger local tout au long de l’année, explique Rose Karabush, bénévole et étudiante en première année en développement international. Ce serait possible, mais difficile. Il faudrait que les gens changent leurs habitudes alimentaires».

Cela dit, les Local Food Days reçoivent depuis le printemps dernier un accueil très enthousiaste. «Les étudiants en raffolent, affirme Mme Karabush. Certains m’ont dit que c’était les seules fois qu’ils appréciaient le fait de manger à la cafétéria. Un autre m’a dit [que les mets locaux] étaient les seuls mets servis à la cafétéria qui ne le rendaient pas malade! (…). Les employés sont également très contents de travailler avec des produits locaux.» Les questionnaires distribués pendant le repas confirment la tendance remarquée dans le passé. Selon Mme Waterhouse, l’enthousiasme est également palpable du côté des bénévoles, des étudiants chercheurs, des producteurs et des membres de l’administration de McGill impliqués dans le projet, qui est pour l’instant financé par des subventions de recherche. Le McGill Food Systems Project espère voir naître la création de davantage de postes permanents dédiés au projet. Le fait de voir des initiatives comme les Local Food Days «n’est pas seulement enthousiasmant, c’est un pas nécessaire vers un avenir plus durable », explique Mme Karabush, qui estime que manger local, c’est aussi bon pour soi que pour les autres. Liam Hession, bénévole et étudiant en première année en génie électrique, précise: «manger des aliments locaux, c’est une solution à une foule de problèmes: environnementaux, sociaux, économiques, médicaux, etc.» Il faut aussi retrouver le bonheur de bien manger, selon M. Briggs. En somme, «local food feels good», ajoute M. Hession un peu en guise de slogan.

Mme Karabush espère que l’initiative permettra d’accroître et de solidifier les liens entre les producteurs et les consommateurs sur le campus. M. Briggs souhaite voir une Local Food Day toutes les semaines, ou peut-être un choix de repas local chaque jour. L’équipe espère également que davantage de nourriture soit produite sur le campus MacDonald. «Plus les gens participent, plus c’est facile à réaliser», estime Mme Waterhouse.