Le Bâton
3 novembre 2009
T’as-tu du «goss»?

Cette semaine, le Bâton vous transporte dans le monde féérique du coin Papineau et Ontario, royaume des sacs de McDo contenant des seringues usagées et des bacs de recyclage servant de réceptacles à préservatifs tout aussi usagés et couverts de matières fécales (et si seulement j’écrivais ces quelques lignes dans l’ignorance totale de ces deux faits!).

On dit souvent que les critiques musicaux sont des musiciens manqués qui n’ont jamais reçu l’attention désirée et blablabla, le tout s’enchaînant dans un débat qui tourbillonne sans fin vers les abysses insondables de l’alcoolisme et de la paranoïa postfreudienne d’une génération ayant pour ultime espoir l’artificiel Saint-Graal de son autodestruction. Et quoi encore? Le Bâton (i.e. je) vous prouve le contraire en 400 mots.

Vous avez un marqueur noir dans votre sac à dos rempli de livres de traduction et de sandwiches creton-ketchup? Parfait, barbouillez tous ces mensonges colportés à tort et à travers sur votre génération. C’est fait? Maintenant, suivez l’adage de Timothy Leary, «turn on, tune in, drop out», et rendez-vous à l’Astral 2000, pittoresque bar karaoké situé au 1845 rue Ontario, angle Papineau.

Ouvert quelques soirs par semaine (et quelques soirs de plus au début du mois), l’Astral 2000 peut accueillir légalement près d’une cinquantaine de cirrhosés dans le confort d’un environnement esthétiquement comparable aux autres fresques du quartier. Derrière le bar, une jeune femme qui ne semble pas tout à fait nippée à la mode de l’établissement –il faut dire que vos plus adorables/abordables survêtements Adidas ou System et vos plus attractives chemises Exco sont de mise même un soir de semaine– vous sert avec une résignation déguisée en enthousiasme les meilleurs produits Molson et Labatt. En plus du réconfort en bouteille, la douce Cindy-Lee (nom fictif) peut même vous dégotter une carte de membre si votre clin d’oeil est assez affriolant.

Après les quelques gorgées de courage qui suivirent le «Tiens, mon coeur» de la bartendresse, je retournai à notre table pour réaliser que mon ami Bingo l’Hindou se disputait avec une Ginette qui beuglait quelque chose du genre: «Lé jeunes pffffffff. Moé à votre âge, j’étais dans les couches.» À cet instant, je me suis rappelé les récentes publicités sur Hochelag’, le «nouveau Plateau»…

Une anecdote n’attendant pas l’autre à l’Astral 2000, ce ne fut que deux gorgées plus tard qu’une amie me fit remarquer l’odeur pour le moins… entreprenante, qui entreprenait justement d’embaumer le bar de son essence de fond de latrine. Who-what-when-how? Eh oui, le patron du bar (dont le patronyme est boss) s’afférait à sortir un Jean-Guy de la salle de bain des femmes car une aguichante Cécile (peutêtre sa soeur) lui avait donné de faux espoirs. Dommage… pour l’instant, car ce dernier finira par sortir sa magie noire (et fort heureusement pour nous, pas sa kèche) et usera de son mojo plus tard dans la soirée sur l’assommée Cécile qui en passant, est venue danser collé-collé avec moi durant ma version de Tendre Fesse d’Éric Lap, jeune renégat qui n’aurait pas juré dans le décor ce soir-là.

Il est certain qu’à ce rythme, nous aurions pu reconstruire le Québec moderne –pour enfin redresser nos drapeaux en berne–, mais l’attrait du vice (caché) se voulant trop herculéen, nous sombrâmes dans l’hydromel local et perdîmes la map sous l’effet du Sour Puss, devenu… ouin, quelque chose comme la traduction littérale du mot avec un accent paroissial.

À bon rat, bon chat; la soirée se termina par une prestation de Marie-Perle, diva locale, maîtresse de cérémonie, chanteuse et bouncer à ses heures, qui interpréta un succès (local) et ce, sans même avoir à regarder le Powerpoint déguisé en logiciel de karaoké.