Flagrant délit de tendresse
6 octobre 2009
ÉPISODE 5 Résumé de l’épisode précédent: Au cours d’une rencontre aux relents désagréables dans le bureau de son directeur, notre T.A. découvre que ce dernier l’a bel et bien aperçue à la bibliothèque avec son bel étudiant. Juste comme elle vient de prendre la décision de redescendre sur terre, elle est surprise par la photo sur un autobus d’un visage qu’elle croit reconnaître…

Épisode 5

Cinq heures de l’après-midi, le métro déverse son flot humain sur les quais de la station Longueuil-Université-de-Sherbrooke. Il suit la foule, pensif, oubliant même de chercher parmi les centaines de visages qui l’entourent celui d’une jolie jeune fille à laquelle il pourrait décocher son plus beau sourire, comme il s’amuse habituellement à le faire. Non, ce soir, alors qu’il rentre dans sa banlieue d’adoption, un seul visage occupe son esprit. «Aucune de ces filles ne lui arrive à la cheville», se surprend-il à penser, non sans une pointe d’orgueil. Les images de la scène torride à la bibliothèque lui reviennent en tête tandis qu’il franchit la porte de la station et que l’air frais lui fouette le visage. Elle l’avait désiré si soudainement, si fortement… Mais pourtant, il l’avait revue aujourd’hui, à la conférence, et son changement d’attitude l’avait déboussolé; elle l’avait tout bonnement ignoré, et à la fin du cours elle était sortie précipitamment sans même lui adresser ne serait-ce qu’un petit sourire complice. Après ce qui s’était passé entre eux!?

* * *

Il ouvre la porte de l’appartement. Une odeur familière de «printemps» lui parvient aux narines, signe que son cousin est déjà rentré. Il tente de retrouver ses esprits, encore occupés dans la bibliothèque avec la belle rouquine. Une voix rauque lui parvient du salon, et il s’y dirige en se concentrant pour ne rien laisser paraître de son trouble. En vain.

«Mais qu’est-ce que t’as? T’as ben l’air bizarre!», lui lance son cousin, un éclat de curiosité dans ses yeux vitreux. «T’as revu ta belle Anglaise, hein, c’est ça?»

Il se laisse tomber dans le divan rugueux, regrettant presque d’avoir raconté cette histoire à son cousin. Mais après tout, se dit-il pour se redonner un brin de virile assurance, ce n’est qu’une fille! Ce n’est pas la première dans sa vie et ça ne sera pas la dernière!

«Ouin, je l’ai revue». Il prend un air détaché. Ses yeux se posent sur l’affiche du révolutionnaire obscur dont son cousin lui a si souvent parlé mais dont il n’arrive jamais à se souvenir du nom. Tchee Greva, ou quelque chose du genre. Quelques secondes s’écoulent avant qu’il n’ajoute: «Mais on n’a pas parlé. Je pense qu’elle veut pas trop que notre affaire continue… Mais de toute façon, ça me fait rien.»

Il n’en fallait pas plus pour que son cousin, rhéteur dans l’âme, se lance dans un discours passionné.

«C’est aussi bien de même, anyway. Cette fille-là, elle est pas faite pour toi: peut-être qu’elle est cute, mais quand même, c’est une Anglaise, man!»

Il soupire intérieurement et se cale un peu plus dans le divan, laissant son regard errer sur les miettes prises au piège entre les coussins.

«Si ça se trouve, son père est le gérant d’une grosse business qui refuse que ses employés se syndiquent, pis ça, tu veux pas ça. Moi, en tout cas, j’serais pas capable! Tu l’sais comment que c’est sacré pour moi, les syndicats. Ça sert à unir le monde, à empêcher qu’on se fasse crosser par les big boss des grosses compagnies qui veulent rien qu’faire de l’argent su’l’dos du monde. Ouin, j’voudrais pas avoir quelqu’un de même trop proche de moi, genre dans ma famille, là. Tsé quand t’étais avec Nathalie…»

Il sursaute tout à coup au nom de son ex. Il y a longtemps qu’il n’y a plus pensé, à Nathalie. Certaines images de lui et d’elle lui reviennent aussitôt à l’esprit… Ils avaient partagés de très bons moments ensemble… Une image mentale se dessine à partir d’un souvenir particulièrement agréable, où le visage de Nathalie s’efface pour laisser la place à celui, si délicat et oh combien envoûtant, de sa T.A. Un frisson lui parcourt l’échine et il ferme un instant les yeux pour se laisser submerger par cette plaisante vision. La voix de son cousin se fait plus distante, jusqu’à sembler venir de loin, d’un autre monde.

 
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