H1N1 vue par les médias
29 septembre 2009
Le 24 septembre dernier, Mme Dominique Leglu a présenté à l’amphithéâtre du Cœur des Sciences UQÀM une conférence sur les enjeux du traitement médiatique de la grippe A (H1N1).

Il n’y a pas que la population en général qui se demande quoi faire en temps de crise ou de pandémie, alors que des informations contradictoires circulent librement et inspirent parfois la panique ou la paranoïa: les médias aussi doivent se questionner quant à leur traitement de l’information disponible à l’ère de Twitter et de Blogspot. Pour conscientiser le public à ce sujet, le Cœur des Sciences UQÀM a invité Mme Dominique Leglu, scientifique, journaliste et directrice de la rédaction du magazine français Sciences et Avenir, qui nous a parlé des «paradoxes de l’information».

D’après Mme Leglu, ce qu’il faut éviter, en temps de crise, c’est que les gens soient mal informés, mal préparés, ou incapables de prendre des décisions. Si on laisse la population à elle même, elle perdra sa confiance en la capacité des autorités à gérer la crise. Les médias doivent donc préparer la population avant et pendant une crise et assurer une bonne communication entre les autorités et les citoyens. Or, il faut savoir diffuser l’information avec une juste mesure. «Si on n’informe pas assez la population, on est accusés de cacher des choses. On en fait un peu plus, et on est accusés d’en faire trop», explique la conférencière.

Évidemment, il survient plusieurs difficultés lorsque vient le temps de traiter d’une situation de crise. Premièrement, il y a «la difficulté d’utiliser les [bons] mots», affirme Mme Leglu. «Doit-on parler de grippe mexicaine? De grippe mondiale? De nouvelle grippe? La nomination est au cœur, parfois, de la  réaction», poursuit-elle. Il suffit de penser à l’appellation «grippe porcine», qui a gravement pénalisé les éleveurs de porcs qui ont sacrifié une partie importante de leur élevage.

Le fait que la grippe A soit une souche qui ait subi des mutations est aussi un problème: «S’ils entendent le mot mutation, la plupart des gens vont entendre quelque chose de plus dangereux», déplore la scientifique. Aussi, les médias doivent faire attention à leur utilisation des chiffres. «Il faut faire la différence entre un chiffre et la perception qu’on en a», indique Mme Leglu. D’après la conférencière, si l’on regarde les chiffres d’une certaine manière, la grippe H1N1 parait plus bénigne que la grippe saisonnière.

De plus, le choix de l’intervenant peut également faire toute la différence: il existe des experts rassurants et des experts inquiétants; aussi, les experts ne sont pas tous conscients de l’impact de leurs paroles en temps de crise. Des citations tirées hors de leur contexte peuvent également faire peur, comme cette phrase isolée par la conférencière : «Cette grippe tue. Il y aura d’autres morts». Il faut surtout faire attention de ne pas déformer la pensée des spécialistes consultés, rappelle Mme Leglu.

Enfin, la journaliste explique qu’on confond souvent des implications de la grippe qui devraient être considérées séparément, à savoir: les enjeux sanitaires (la prévention), médicaux (les complications et le taux de décès) et économico-sociaux (les conséquences de la grippe sur le milieu du travail, par exemple).

La population compte aussi sur l’information diffusée par les médias –peut-être un peu plus sur les médias traditionnels, en lesquels ils ont davantage confiance, selon Mme Leglu– pour prendre des décisions importantes, comme celle de se faire vacciner ou non.

Si le rôle des médias n’est pas, d’après la conférencière, de prime abord de rassurer ou d’inquiéter mais bien d’informer, les journalistes sont responsables de fournir les informations de base nécessaires pour permettre aux lecteurs d’effectuer un choix éclairé, une fois que ces informations sont avérées.

Questionnée sur les médias présents sur Internet –pas seulement les journaux, mais les blogues, profils Facebook et comptes Twitter, aussi– la conférencière affichait la conviction que ces derniers avaient leur place. S’il peut régner une certaine confusion dans le cyberespace, il demeure que c’est l’endroit privilégié pour la libre expression.

Pour cette raison, «Internet est un outil extrêmement efficace contre la censure. […] Si quelque chose doit sortir, ça va sortir là», défend Mme Leglu. À chaque média ses forces et sa place…