La Bâton
15 septembre 2009
Qui a gagné ses épaulettes: mohawk ou faux-hawk?

Règle générale, les périodes de définition des courants musicaux surviennent souvent trop tard et sont l’initiative de personnages ayant joué un rôle tout au mieux secondaire dans l’évolution dudit courant.

Un exemple récent et facile à situer est le documentaire What’s Indie?, dans lequel une période de questions à saveur laborieuse et un peu rhétorique s’épuise dans un tourbillon de blabla que l’auteur aurait presque pu couper au montage de manière à ne conserver que l’excellente définition à caractère sexuel que donne le musicien et journaliste montréalais Jon Cummins –le barbu qui rédige Punkosaurus Rex dans le journal Mirror–  au début du film.

C’est  à croire que si l’on réussissait à apposer une définition académique à des termes aussi vagues et relatifs que indie, le monde de la musique en sortirait gagnant. En fait, cela laisse transparaître une incertitude semblable à celle que ressentent les gens confrontés à de la poésie pour la première fois. Il y a des idées et des actions qui ne s’expriment pas dans le langage de tous les jours et vous savez quoi, c’est tant mieux comme ça.

Après l’indie –style de musique qui colle à la peau des gamines arborant foulards palestiniens et souillant leurs culottes lorsqu’on prononce le mot «Metric»–,  le terme punk glisse bon deuxième dans la catégorie «discussions pernicieuses pour la matière grise».

Prenez par exemple un groupe punk culte tel Sham 69. Vous savez quoi, ces califourchons tournent encore sous le nom Sham 69 alors que le seul membre de la formation originale est le guitariste. Allô!? Qui irait voir les Beatles si ces derniers étaient formés de Ringo et de ses amis de la maternelle? La réponse étant fort simple, disons que cette longue période d’introduction m’amène à parler d’une formation qui écorche les planches de la Sala Rossa cette semaine: le groupe hollandais The Ex, produit par l’étiquette Blue Skies Turn Black. Groupe phare de l’underground européen, The Ex figure parmi les influences officiellement citées par des géants de la musique alternative tels Fugazi et Sonic Youth. Mais leur importance s’arrêterait là si ces derniers n’avaient pas eu l’intelligence d’évoluer sans relâche musicalement pendant les vingt-cinq dernières années, cumulant notoriété et collaborations avec des musiciens de partout dans le monde, de l’Éthiopie aux États-Unis.

En ce sens, le génie des Ex vient directement de leur capacité à réinventer constamment leur propre définition de ce qu’est un groupe indépendant et underground. La preuve, ces derniers présentent deux concerts à la Sala Rossa cette semaine, en compagnie du légendaire saxophoniste jazz éthiopien Getatchew Mekurya (si vous avez vu Coffee and Cigarettes, vous comprenez l’ampleur du talent des jazzmen éthiopiens).

Si l’expression anglo-saxonne «actions speak louder than words» porte encore en son sein une quelconque sapience, faites-vous donc une faveur et passez par la Sala Rossa mercredi. Vous en ressortirez grandis, je vous l’assure.