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7 avril 2009
Apocalypses culturelles, cuvée 2009

Je crois que chaque personne a sa propre interprétation de ce qu’est une apocalypse. Il y a dix ans, la planète entière retenait son souffle à l’aube d’une catastrophe informatique globale imminente: le bogue de l’an 2000. Bien des moments à couper le souffle ont marqué notre histoire politique, sociale et technologique. Il en est de même pour l’histoire culturelle, même – et surtout – en ce qui concerne la culture populaire.

Comme vous, j’ai bien hâte que la session se termine et j’attends avec impatience que les termes «lectures d’été», «soleil» et «terrasses» se concrétisent. Je n’ai pas l’intention de passer à côté de l’été et je suis certaine que c’est votre cas aussi: personne ne veut trop penser à la rentrée 2009. Cependant, des horreurs culturelles post-estivales se pointent à l’horizon et il faut se préparer mentalement à les subir. L’été, pendant que nous nous amusons sans soucis, d’inquiétantes choses mijotent derrière des portes closes; puis, on retourne sur les bancs d’école avec la cervelle ramollie… et vulnérable.

Certains frémissent déjà de dégoût à l’idée que l’image mythique du vampire, ce monstre folklorique transformé en personnage plus séduisant par Lord Byron, John Polidori, Bram Stoker, Anne Rice et j’en passe, soit à nouveau déchirée en lambeaux pour satisfaire les cœurs de milliers d’adolescentes partout dans le monde, à l’automne prochain. Twilight 2 s’en vient, lentement mais sûrement. Comment l’oublier, alors que le visage de Robert Pattison apparaît sans cesse sur les couvertures de toutes les revues. Je serai honnête: j’ai regardé Twilight avec un sourire satisfait, mais aussi coupable. Edward Cullen a beau être «parfait», il ne ressemble en rien à Dracula ou à Lestat. Cependant, il existe tellement de représentations différentes du vampire, que la présence parmi celles-ci d’un Edward Cullen n’est pas si grave.

Ce qui est désastreux, c’est de s’en prendre à un film culte unique en son genre et de proposer d’en faire un remake injustifié que les fans ne demandaient pas. En 1975, Tim Curry, Susan Sarandon, Barry Botswick et Richard O’Brien ont incarné les éclectiques personnages du grotesque, sensuel et tordu film culte The Rocky Horror Picture Show. Plus de trente ans après, une légion composée de millions d’amateurs dévoués continuent de chanter les succès rock «The Time Warp» et «Sweet Transvestite». À tous les ans, à la fin octobre, au Théâtre Rialto de Montréal tout comme dans beaucoup de théâtres à travers le monde, le film est projeté sur grand écran pendant plusieurs soirées consécutives. Des acteurs costumés reprennent les rôles du Dr. Frankenfurter, de Janet et de Brad et jouent la comédie en simultané avec le film, alors qu’une foule en délire, également costumée, danse le «Time Warp» entre les rangées de sièges, et lance, lorsque c’est convenu, du riz, de l’eau, des rôties et des insultes. Le Rocky Horror, c’est plus qu’un film: c’est une tradition, c’est un culte. L’incarnation du personnage de Frankenfurter par Tim Curry est devenue emblématique. Mais en 2008, on apprenait que MTV Films et Sky Movies prévoient sortir un remake du Rocky Horror à l’automne 2009. Leur motivation: actualiser le film. Évidemment, ceci suscite le mécontentement de beaucoup de fans pour lesquels la version de 1975 était définitive.

Beaucoup cherchent à ralentir le passage de l’été puisqu’ils redoutent le retour sur les bancs d’école. Pour les fans sérieux du Rocky Horror, dont je fais partie, il y maintenant une autre raison de souhaiter que les feuilles des arbres restent vertes très, très longtemps.