Découvertes musicales
24 mars 2009
Si Dieu existe

En tant qu’ancien Petit-Chanteur du Mont-Royal, ayant chanté la messe à l’Oratoire Saint-Joseph pendant près de dix ans, j’ai toujours eu une relation assez particulière avec Dieu. À fréquenter quelqu’un aussi souvent, on commence rapidement à se poser des questions, à se demander si la relation devrait être remise en question.

À mes débuts dans la chorale j’étais pourtant un fervent croyant, persuadé de l’existence de Dieu et de sa toute puissance. Je suis le premier à l’admettre, cette «ferveur» bien naïve était davantage issue d’une peur irrationnelle de représailles que d’une profonde spiritualité. Que peut-on imaginer d’autre à cet âge? À l’occasion du baptême d’un de mes camarades de classe, je fus même choisi comme «ami priant», tâche que je remplis avec beaucoup d’assiduité et de sérieux. Que s’est-il passé pour que cet enfant modèle que j’étais se transforme et devienne le monstre athée-relativiste-intégriste que je suis aujourd’hui (auquel il faut ajouter une dose de nihilisme directement proportionnelle à la proximité temporelle d’une période d’examens)?

Tout d’abord, il est important de souligner, pour tous ceux qui l’auraient oublié ou qui n’auraient pas eu la chance de s’adonner à cette activité, que pour un enfant de dix ans, une messe c’est plate et pas à peu près. Pendant plus d’une heure, des «monsieurs» en jaquette marmonnent des textes que notre jeune cerveau peine à métaboliser; les prêtres et le public dialoguent dans des tirades à n’en plus finir qu’on a pas encore eu le temps d’apprendre par coeur; celui qui semble être le chef des jaquettes donne un sermon sur des sujets trop souvent éloignés de nos préoccupations centrales, à savoir Zelda et le ballon chasseur.

Ensuite, ce qui frappe dans la musique lithurgique c’est le double discours de l’Église. Toutes les paroles célébrant un Dieu vengeur et sans pitié sont systématiquement barrées et remplacées par d’autres chantant les louanges d’un Dieu aimant et qui pardonne toujours nos péchés, aussi horribles soient-ils. On en vient à s’interroger sur les véritables motivations de l’Église: spiritualité ou marketing?

À tout ça viennent s’ajouter les frasques d’un pape déconnecté de la réalité – le discours anti-condoms en Afrique ça ne date pas d’hier – et celles des intolérants qui passent leur temps à dénigrer les autres – femmes, homosexuels et j’en passe.

Quand, en plus de tout cela, on doit chanter lors de la messe organisée pour le passage à l’an 2000 – oui, la plaie est toujours vive même après toutes ces années – et passer ce moment historique dans un endroit qui sent l’encens vieilli, comme dirait monsieur Perron: «C’est la goutte qui fait déborder la coupe aux lèvres»! Cela dit, plus je chantais avec la chorale, plus je me suis mis à apprécier cette belle musique religieuse, et plus les messes sont devenues agréables. Même si le sermon s’éternisait un peu, je savais que j’allais bientôt pouvoir chanter! De fil en aiguille, je me suis mis à me poser des questions: comment était-il possible que tous ces compositeurs, des gens manifestement extrêmement doués et intelligents, dédient tant d’efforts pour un Dieu qui n’existe pas? Il fallait que je revoie ma position officielle sur le sujet.

Eh oui, Dieu existe, mais par les actions des hommes et des femmes qui croient en lui. La phrase ne vient pas de moi, elle vient du père Vincent que j’ai interviewé cette semaine. J’ai été surpris de voir à quel point nos idées se rejoignaient; tous les deux nous entendions Dieu dans la belle musique! Mon Dieu à moi, c’est cette perfection à atteindre en toute chose, ce moment divin dans l’interprétation d’une pièce durant laquelle le temps s’arrête et rien d’autre ne compte que la musique; les musiciens parmi vous comprendront.