Profession de foi
24 mars 2009
Le Délit a rencontré le père Jean-Guy Vincent, vice-recteur à la pastorale à l’Oratoire Saint-Joseph.

Dès la première question les cartes ont été mises sur table, remettant en question non seulement la foi de millions de fidèles, mais surtout la pertinence de notre thématique de la semaine: Dieu existe-t-il? «Bien sûr que oui, affirme le père Jean-Guy Vincent. Je ne peux pas le prouver, mais j’en ai fait l’expérience et j’en fais encore l’expérience. […] Dieu est invisible mais se manifeste par les hommes et les femmes qui croient en lui. Jésus, dont l’existence physique et matérielle a été prouvée, a dit que Dieu est Amour avec un grand A; tout ce qui existe vient de cet amour. Même au plan humain, si on existe, c’est parce que deux personnes se sont aimées, du moins c’est ce qui arrive dans la majorité des cas!»

La rencontre avec Dieu

Comment se manifeste cet appel à Dieu? Ce désir de lui consacrer sa vie que ressentent, à un moment ou à un autre, les membres du clergé? Le père Vincent explique que,  dans son cas, cette «rencontre» avec Dieu n’a pas été une soudaine illumination, mais plutôt une découverte progressive. Élevé dans une famille pratiquante, il prie en famille dès son plus jeune âge et récite tous les soirs le chapelet en écoutant CKAC. C’est en servant la messe, vers l’âge de douze ans, que lui est apparue pour la première fois l’idée de devenir prêtre. Voyant le bonheur des gens malades qui recevaient l’hostie des mains du prêtre, il s’est dit que peu importe ce qu’il ferait dans la vie, lui aussi viendrait en aide aux autres pour les rendre plus heureux. Approché par le père Émile Bessette à la fin de sa septième année, il décide de venir étudier au Séminaire Sainte-Croix à Montréal, puis choisit à dix-neuf ans d’entrer en communauté. Même à l’époque, très peu d’étudiants se rendaient jusqu’au bout: des vingt-cinq élèves du Séminaire de son année, seulement quatre sont entrés en communauté. D’abord animateur de pastorale dans une école secondaire pendant dix-huit ans, il travaille depuis maintenant vingt-cinq ans à l’Oratoire Saint-Joseph.

Athéisme et révolution tranquille

La question fracassante par laquelle nous avons débuté notre entretien fait partie d’un débat qui existe bel et bien sur la place publique, à savoir celui de l’existence de Dieu. Sa plus récente manifestation est cette publicité, affichée sur les autobus, qui clame: «Dieu n’existe probablement pas. Alors cessez de vous inquiéter et profitez de la vie.» Le père Vincent, bien qu’il concède que prouver l’existence de Dieu soit scientifiquement impossible, déplore le fait que la publicité présente la foi comme si elle rendait impossible le bonheur. «Dieu, ce n’est pas un empêcheur de vivre, c’est la vie! […] Bien entendu il y a une morale, des exigences; pour vivre en société, il faut respecter les autres, on ne peut pas faire n’importe quoi.» Mais la société québécoise ne s’est-elle pas par le passé sentie étouffée par la religion? Cette vision négative de la foi pourrait-elle venir de là? «Je suis d’accord avec ça, affirme le père Vincent. La religion a occupé trop de place, dans le sens que les gens qui proposaient le message chrétien n’en retenaient que les aspects négatifs, alors qu’auraient pu passer les aspects positifs comme l’appel au dépassement de soi, à aimer… Il faut garder à la société son autonomie, Dieu ne veut pas prendre toute la place.»

Même si le message de l’Église a changé depuis cette époque, même si l’Église a eu une «prise de conscience», le père Vincent admet qu’il y a encore place à l’amélioration. «L’Église est divine mais en même temps très humaine, […] on retombe un peu trop facilement dans l’abus du pouvoir. […] On n’a pas à ‘régimenter’ les consciences, on a à proposer un message. La Vérité avec un grand V, c’est Jésus, mais son message on a constamment à l’approfondir, à voir ce qu’il nous dit aujourd’hui, en 2009.»

Dieu et ses religions

Pour le père Vincent, le Dieu du christianisme, de l’islam et du judaïsme est le même; seuls le nom et le nombre diffèrent. Les chrétiens croient en «Dieu» et en sa «Sainte Trinité»; les musulmans et les juifs croient en un dieu unique, et le nomment respectivement «Allah» et «Yahvé». Dans les religions polythéistes comme l’hindouisme, «c’est toujours le même dieu mais il est encore plus riche en nombre; Dieu est tellement riche qu’il est dans tout». De nombreux hindous viennent d’ailleurs prier à l’Oratoire chaque année.

Voeux et restrictions

Pourquoi demande-t-on aux prêtres certains sacrifices, comme le célibat par exemple? Comment vit-on avec ces restrictions au quotidien? À ce sujet, le père Vincent tient à relativiser: tout le monde doit apprendre à vivre avec des restrictions. Si l’on choisit de sacrifier quelque chose, c’est dans l’espoir d’obtenir quelque chose de meilleur. «Moi, si j’ai décidé de ne pas me marier, de ne pas avoir d’enfants, c’est que c’était une façon de me rendre plus disponible aux autres. […] Même celui qui décide de se marier, s’il veut vraiment être fidèle, il faut qu’il renonce à regarder les autres, même s’il en rencontre une plus belle plus tard!»

Dans ce cas pourquoi plusieurs Églises chrétiennes, l’Église protestante par exemple, accordent à leurs prêtres le droit de se marier? Tout est dû à une loi adoptée au XIe siècle qui imposait le célibat aux prêtres catholiques, loi que l’on doit selon le père Vincent à un certain puritanisme, à une «fausse conception de la sexualité». L’amour n’est pas seulement spirituel, il est charnel aussi! «L’union entre deux corps c’est beau et ça fait partie du plan de Dieu».

Communiquer avec Dieu

Le meilleur moyen d’entrer en communication avec Dieu, selon le père Vincent, est la prière. Cependant, s’il est bon de parler à Dieu, il est tout aussi important de prendre soin de l’écouter; la prière n’est pas un monologue mais bien un dialogue. Il souligne que prier peut être tout simple: contempler un paysage, écouter de la belle musique et en remercier Dieu.

L’avenir de Dieu au Québec

La religion a eu ses hauts et ses bas au Québec. Si nous sommes présentement dans un creux spirituel, le père Vincent voit toutefois la religion en ligne vers une remontée au Québec, grâce à l’influence des communautés culturelles immigrantes telles que les communautés haïtiennes et sud-américaines. De plus en plus présentes dans les lieux de culte, dont l’Oratoire Saint-Joseph, et manifestant leur foi de façon plus visible et moins privée, ces communautés amènent les Québécois «de souche» à vouloir davantage s’affirmer, eux qui ont été depuis longtemps plus discrets au sujet de leur spiritualité. Sans chercher à comparer la ferveur de la croyance des deux groupes, il reste que cette influence est bien réelle; on en a vu plusieurs exemples durant la commission Bouchard-Taylor.

«L’évangile a de l’avenir, explique finalement le père Vincent, dans la mesure où on le vit pour ce qu’il devrait être, c’est-à-dire une Bonne Nouvelle, et non pas comme je le disais tantôt, comme un empêcheur de vivre.»