Contrat brutal
17 mars 2009

Dimanche dernier, des manifestants marchaient dans les rues de Montréal pour montrer leur mécontement envers la brutalité policière, parfois violemment. Les images de l’affrontement entre les manifestants et la police peuvent évoquer a priori une scène de désobéissance civile.

Du moins c’est ce que j’ai cru en m’approchant de l’Ultramar au coin des rues Jeanne-Mance et Sherbrooke dimanche après-midi pour me procurer un tank à propane. C’est à la sortie de l’Ultramar, en voyant plusieurs manifestants accoster un employé de la station-service pour lui prendre une poubelle que la manifestation a évoqué pour moi plus qu’un simple acte de désobéissance civile: un renoncement au contrat social, dont la pertinence dans la société appelle à une réflexion.

La violence était-elle légitime dimanche? Il faut répondre par la négative. À moins que tous se jettent dans les rues, il est difficile de légitimer la violence d’un groupe. Si la brutalité policière indigne les manifestants, ils gagneraient plus à concentrer leurs énergies dans les moyens qui peuvent apporter des changements au problème ciblé. Les manifestations sont un élément essentiel de la démocratie. À chaque fois qu’on manifeste, il faut se demander si le geste peut véritablement apporter les changements souhaités. Si la réponse est affirmative, en revanche, la descente dans la rue vaut la peine.

Le contrat social est d’abord une construction sociale, une idée qui veut que chacun soit lié, volontairement ou non, par des règles de conduite. Si l’on adopte la vision pessimiste de Hobbes, nous sommes tous mauvais à l’état de nature, où règnent l’opportunisme et le chacun pour soi dans une absence de «morale». L’idée est qu’il faut donc se livrer à une superpuissance et abandonner nos moyens de défense, au profit du Léviathan, le pouvoir étatique.

Si l’on est plus optimiste, le contrat social est une innovation, un moyen de prospérer. Pour Locke, un système ordonné qui régule la société et protège la propriété privée fait défaut à l’homme dans l’état de nature. En ce sens, la conception du pouvoir protecteur de Locke est moins absolue que Hobbes: le pouvoir doit assurer le bien commun, à défaut de quoi il n’est plus légitime.

En tout état de cause, le contrat social prétend imposer un ensemble de règles qui veut que chacun respecte des normes de comportement collectivement établies. À ce titre, l’État assure que chacun maintienne ses obligations, en disposant d’un pouvoir de violence légitime: la police. Déroger à une règle d’ordre public peut légitimer l’intervention de l’État, qui peut exercer une contrainte physique s’il s’avère nécessaire.

Si la notion du contrat social a fait couler beaucoup d’encre, reste qu’on se questionne rarement sur son application quotidienne, ou encore sur sa pertinence. Mais, la manifestation de dimanche dernier est un exemple percutant des limites du contrat social. Dans quelle mesure devons-nous, à titre de citoyen, respecter l’ordre étatique quand le pouvoir étatique abuse de son droit? Une réponse populaire violente est-elle légitime?

L’État doit protéger ses citoyens, mais il manque parfois à son devoir contractuel. Son pouvoir devient donc illégitime puisqu’il n’assure pas le bien commun. Les citoyens doivent donc agir et remplacer le pouvoir illégitime. Par contre, les manifestations doivent se dérouler pacifiquement, à moins que les règles empêchent les citoyens de changer l’ordre établi. Le système démocratique est conçu pour qu’il puisse se renouveler pacifiquement dans la mesure où il se révèle illégitime. C’est quand ce même système démocratique empêche la volonté populaire que la violence peut se légitimer plus facilement.