Découvertes musicales
10 mars 2009

Je ne sais pas pour vous, mais de mon côté ça ne file pas très fort. On dirait que la déprime de novembre me poursuit depuis trois mois et s’accroche désespérément au pan de mon manteau. Quel temps de merde! J’adore le froid, mais cette température toujours changeante, qui nous fait piétiner dans l’eau et la gadoue, me déplaît au plus haut point. Je sors peu, je vois de moins en moins mes amis, je suis plus souvent qu’autrement de mauvaise humeur… Que se passe-t-il?

Je pensais à tout cela en marchant sur la rue McTavish quand, tout à coup, une vision presque irréelle attaqua mes rétines. Une meute de jeunes étudiantes avançait en ma direction sur le trottoir, menaçante. Moi qui jusqu’alors avais réussi à détourner le regard chaque fois qu’un tel spectacle s’était présenté à mes yeux sur le campus –et Dieu sait que l’occasion s’est souvent présentée!– j’ai pris la peine, pour la première fois, de regarder l’ennemi en face. J’ai affronté ces spécimens féminins appartenant à la race insupportable qu’il faut bien appeler par son nom: les  «Oh My God!». Les plus assidus d’entre vous se rappelleront la charmante caricature de mon collègue Vincent Bezault, parue en début d’année, qui mettait en scène deux représentantes de cette espèce malheureusement beaucoup trop répandue sur le campus; dans l’équipe du journal nous les avions affectueusement appelées Muffin et Asperge, pour des raisons –comment dire– éminemment visibles. Premier trait caractéristique: aucun pantalon décent en vue; que des sweatpants ou, pire encore, des leggings!

J’avais commencé à signaler le numéro de mon pusher –la drogue dure étant maintenant la seule solution envisageable pour ma pauvre âme assiégée par ces visions d’apocalypse–, quand j’aperçus quelque chose d’encore pire. Les jeunes filles en question portaient ce qui semblait être, de prime abord des mitaines pour le four aux pieds! Voyons, ça ne pourrait être le cas, ce serait trop ridicule, me suis-je exclamée! Avait-on non seulement accepté et prolongé à tous les jours de la semaine la motion du «no-pants Fridays», mais également créé le «we-bake-pie-with-our-toes club» sans que j’en sois averti?

Figé sur place en cet épicentre de la non-classe,  immobilisé par mon angoisse existentielle qui, à ce moment précis, n’ayons pas peur des mots, atteignait un climax dangereusement élevé, j’aperçus soudain un sourire. Ces jeunes et naïves podocuisinières souriaient! Qu’avaient ces filles que je n’avais pas? Comment pouvaient-elles être plus heureuses que moi, même dans cet accoutrement?

La réponse s’imposa à moi presque immédiatement: parce qu’elles étaient en groupe! Il me fallait donc créer au plus vite mon propre club très sélect afin de régler mes problèmes existentiels et développer, du même coup, à la fois la superficialité et la «snoberie», véritables bourgeons –j’en suis persuadé– d’un sentiment d’appartenance à cette communauté étudiante mcgilloise au goût douteux.  Allais-je, dans la lignée de ce groupe uni de par ses choix vestimentaires, créer le crocs club? Plutôt mourir! Non, je me suis plutôt lancé dans la création d’un club pour lequel j’ai un véritable intérêt: la musique! Avec un ami tout aussi désabusé de la vie que moi et surtout passionné de musique, j’ai fondé la Société du renouveau musical, un groupe privé exclusif dont le mandat est de mieux faire connaître la musique classique sous tous ses aspects. Chacun présente lors de rencontres hebdomadaires quelques pièces musicales de son choix, ainsi que les compositeurs qui en sont à l’origine et les anecdotes croustillantes qui y sont rattachées. Le tout autour d’un bon verre de scotch, évidemment. Quelle merveilleuse manière d’apprendre à connaître de la belle musique! Même si j’abhorre toujours autant ces viles «Oh My God!» qui peuplent mes cauchemars les plus atroces, les cinq membres officiels du groupe et moi-même nous portons bien mieux depuis que nous avons compris le secret de leur bonheur.

www.renouveaumusical.wordpress.com