Noir sur blanc
10 février 2009
Tentative de définition du quétaine

Le quétaine est partout……Ce    n’est pas pour rien que l’équipe du Délit a choisi de le célébrer dans les pages d’un numéro spécial. À tous les jours, on est les témoins du quétaine, on en rit, on l’étiquette comme tel. Et si on le traite souvent avec humour et dérision, la notion de quétaine est plus significative qu’on pourrait le croire, spécialement au Québec. N’a-t-on pas, dans notre coin de pays, créé un mot spécifiquement pour qualifier ce qui, au fond, va tout simplement à l’encontre de la mode?

Le quétaine, pourtant, c’est plus que le contraire du trendy, plus qu’une appellation pour qualifier ce qui est out. C’est plus, aussi, que ce que nos cousins français appellent «ringard». Le quétaine – une expression dont l’origine est incertaine mais qui serait apparemment née dans la région de St-Hyacinthe− est une appellation très particulière, une notion complexe. Cependant, elle est si profondément imprégnée dans notre expérience collective et dans notre culture que nous ne prenons plus le temps de nous arrêter à sa signification profonde. On peut désigner ce qui est quétaine, en donner de nombreux exemples qui vont de la cabane à sucre à Julie Masse, mais comment le définir? Comment, en somme, expliquer ce qui constitue l’essence du quétaine?

Bien sûr, il y a les qualités quétaines que l’on connaît: le laid, le démodé, le risible, de même que tout ce qui a autrefois été populaire et qui a connu un déclin en règle.…Tout cela fait certes partie de l’idée que l’on se fait du quétaine, mais il y manque encore un élément, essentiel pour qu’il soit bien question de quétainerie et non de pathétique: le plaisir. Car il ne faut pas l’oublier, ce plaisir coupable que nous ressentons à l’écoute d’une chanson des BB – plaisir par ailleurs décuplé à la vue de la flamboyante chevelure de leur chanteur – est au cœur de ce concept pourtant simple. Sans ce plaisir, sans ce sourire provoqué par la vue d’un Patrick Swayze ou d’un John Travolta déchaîné sur le plancher de danse, il n’existe pas. Parce qu’on dira bien ce qu’on voudra, le quétaine, on aime ça! Comment expliquer, sinon, qu’on ait érigé la quétainerie en véritable culte, au Québec? Nulle part ailleurs on ne trouve pareille fascination pour le laid, le démodé, le ridicule. Force est de constater qu’au Québec, on a littéralement développé une culture du quétaine. On aime à rire de tout, à glorifier le nullissime.

Mais quand on y pense bien, pour que le quétaine soit, pour qu’on puisse en rire tout notre soûl, il faut bien qu’il y ait quelques personnes pour qui tout cela n’est pas une blague. Il faut tout de même que quelqu’un, quelque part, s’achète un chandail de loup et le porte fièrement sur une plage de Old Orchard… Si, donc, on vénère tant le quétaine au Québec, est-ce parce que les Québécois sont plus quétaines que la moyenne? La quétainerie ne se mesure pas, mais j’ai bien l’impression qu’au fond, ce fameux culte n’est rien d’autre qu’une manière, pour notre peuple, de rire de lui-même……Nous sommes tous quétaines dans l’âme, pourquoi ne pas l’accepter?