Le country, pas si quétaine
10 février 2009
Le Délit a rencontré Melissa Maya Falkenberg, animatrice à CISM et passionnée de country. Un regard neuf sur un genre musical souvent maltraité.

Du country, elle en mange. Elle en respire. Depuis plus de trois ans, Melissa Maya Falkenberg anime sur les ondes de CISM l’émission Folk toi, folk moi, qui connaît un succès certain et qui a su s’assurer la fidélité de nombreux auditeurs. Si, comme l’indique l’animatrice, l’émission était d’abord strictement consacrée à la musique folk, son mandat a beaucoup changé au fil des ans. Son amour pour la musique country l’ayant poussée à dévier, de temps en temps, de la tangente  folk, Melissa Maya n’a pu faire autrement que de constater, à chaque fois, un enthousiasme débordant chez les auditeurs: ils en redemandaient. Le contenu de l’émission a donc été réorienté, touchant à présent non seulement au folk, mais aussi au country et au rockabilly, de même qu’à d’autres genres provenant de la même souche.

La particularité de Folk toi, folk moi est de ne pas s’intéresser qu’aux incontournables de la musique country. Au contraire, chaque émission accorde une part importante de sa programmation aux artistes émergents et à la facette folk ou country d’artistes qui, à première vue, ne le sont pas. C’est ainsi que non seulement des artistes comme Damien Robitaille et Avec pas d’casque, dont les influences country sont manifestes, sont passés derrière le micro, mais également les membres de Tricot Machine, qui sont venus parler de l’influence du folk dans leur musique. Vous n’y auriez pas pensé, n’est-ce pas?

Pour Melissa Maya Falkenberg, donc, le country n’a rien de quétaine, bien au contraire. Et pour le voir d’un autre œil, il est indispensable de comprendre d’où il vient et ce qu’il représente: il devient bien moins quétaine lorsque l’on réalise à quel point il a inspiré beaucoup des genres musicaux qui lui ont succédé. Il ne faut pas oublier que la musique country existe depuis le début du siècle. C’est un mouvement typiquement nord-américain qui a connu son heure de gloire dans les années quarante, mais qui n’a pas cessé d’évoluer depuis, prêtant ses rythmes et ses sonorités à la musique rock, entre autres. Même Elvis Presley, le roi du rock and roll, avait de fortes influences country. C’est sans compter les nombreuses branches de la musique country, qui font d’elle un genre particulièrement riche. Rockabilly, bluegrass et honky tonk sont autant de variantes qui proviennent de la même racine, mais qui ont chacune un style qui leur est propre. Certains artistes ont même donné dans l’absurde et l’humoristique, comme Ernest Tubb, le chanteur fétiche de l’animatrice. Fiez-vous à notre experte: il y en a pour tous les goûts!

Sur la scène québécoise actuelle, le country est toujours bien présent. Si les anglophones se tiennent plus près du country américain traditionnel, les francophones, eux, osent adapter le genre aux particularités de la langue du Québec. Les racines country demeurent, mais les références culturelles changent, et la langue vient enrichir le tout. Le parler québécois, avec ses tournures de phrases particulières, ses expressions, ses «moé» et ses «toé», est ainsi poétisé. Ce «mélange très québécois d’anglicismes, de français et d’images américaines» fait, selon Melissa Maya Falkenberg, toute la particularité du country d’ici.

Si certains trouvent risibles les textes simples associés au country, souvent articulés autour des thèmes mille fois ressassés de l’amour et de la mélancolie, Melissa Maya Falkenberg, elle, y voit une sincérité et une authenticité pour le moins touchantes. Les paroles franches des artistes country, qui mettent littéralement leur cœur à découvert devant leur public, n’ont pour elle rien de quétaine. Au contraire, c’est la musique pop actuelle et son côté artificiel qui l’agacent. La capacité des chanteurs et chanteuses country de chanter des histoires très personnelles qui touchent les gens se perd, remplacée par des paroles vides et aseptisées. «Il y a quelque chose de très vrai dans le country, souligne l’animatrice. C’est tout le contraire du superficiel.» Ces mots honnêtes que chérit Melissa Maya sont par ailleurs bercés de musiques beaucoup plus originales qu’on pourrait le croire. «Ce n’est pas vrai, lance-t-elle, que le country, c’est juste deux ou trois accords répétés tout le temps». Encore une fois, il s’agit de briser la perception simpliste qu’on se fait du genre.

Mais il faut aussi souligner que le country, c’est tout un monde, qui dépasse largement l’univers musical. Déjà, dans l’inconscient collectif, le country renvoie à une foule d’éléments qui n’ont rien à voir avec la musique. Le chapeau de cowboy, les bottes de cuir travaillé, les vestes brodées aux longues franges, tout cela s’impose à l’esprit et fait partie d’une véritable culture country. Cette culture, car c’en est une, existe depuis les années quarante, alors que le genre country était à son apogée. Les costumes de scène que l’on qualifie aujourd’hui de quétaines étaient alors portés fièrement par les artistes. Loin de provoquer le rire comme c’est parfois le cas aujourd’hui, cette élégance un peu tape-à-l’œil inspirait le plus profond respect. On n’a qu’à penser à la sombre silhouette de Johnny Cash, l’homme en noir.

Aujourd’hui encore, bien que les citadins la malmènent un peu, la culture country est omniprésente, tant aux États-Unis qu’au Canada. Chez nos voisins du sud, Nashville est toujours considérée comme la capitale du country, et on y célèbre au quotidien cette culture qui fait partie de l’âme des habitants. Au Québec, plusieurs festivals country se succèdent durant toute la période estivale, attirant des foules considérables. Certains font même la tournée de ces festivals, s’insérant ainsi dans une communauté tricotée serrée! Plus qu’un genre musical, plus qu’une mode, le country est pour eux un véritable mode de vie. La culture country prend, pour ceux qui s’y identifient, une importance toute particulière, puisqu’elle accompagne un système de valeurs axé sur l’entraide et la fraternité. C’est un mouvement rassembleur qui célèbre avec passion «cette musique qui ne veut pas mourir».