La coupe Longueuil éclaboussée
10 février 2009
Le Délit mène une enquête-fleuve pour découvrir si la vague Longueuil ondule encore.

Le chemin de la banlieue à la grande ville est parfois semé d’embûches, et la crinière chatoyante –que l’on appelle aussi mullet, y est certainement pour quelque chose. Parlez-en à un certain coiffeur, qui, sous le couvert de l’anonymat, me confie: «On a encore deux clients stickés là-dessus, c’est sûr que y’en a des perdus». Et Julie, qui exerce dans le centre historique de Longueuil, de renchérir: «Oui, ça arrive encore. Je suis désolée.»

À vrai dire, ces confidences ne reflètent pas exactement la situation. La plupart des salons de coiffure contactés par le Délit –plus d’une centaine– déclarent ne pas avoir fait de Longueuil dans le dernier mois. Ceux qui se voient forcer de le confesser jouent plutôt de malchance, indiquent nos résultats. Nous avons recensé, à Montréal, une moyenne de 0,26 coupe Longueuil par salon dans le dernier mois. À Longueuil, c’est l’hécatombe: la figure grimpe à 0,69 –beaucoup plus élevée qu’à Montréal, mais relativement faible. Chez Coiffure Léopold, pourtant situé à Longueuil, on me confirme «que le dernier Longueuil date d’il y a deux ans».

Professionalisme en cause
Certains stylistes se crispent et adoptent un ton sec à la seule mention de la coupe Longueuil. Simon m’explique, exaspéré: «Moi, j’ai appris le métier à Paris, on fait de tout mais pas ça.» Rosario voit en notre question une insulte à l’élégance italienne: «Je suis un barbier italien, je fais pas d’affaires qui manquent de classe.» D’autres sont ouverts au compromis: au Salon Riviera, on estime «qu’on peut demander un style Longueuil, mais personne ne va jusqu’à la coupe Longueuil». De mémoire récente, Charlène n’a pas présidé à la naissance d’un mullet. En ferait-elle un? «Si c’est vraiment nécessaire, oui», répond-elle, après un instant de méditation.

Retour vers le futur
Il ne faut pas pour autant conclure que le pad a rendu son dernier soupir. Ève rappelle que Louis-José Houde a donné un second souffle au genre, en adoptant le mullet, il y a quelques années de cela. Michel, de Galaxie 2000, estime «que ça va peut-être revenir à la mode dans les années 2000». À voir la recrudescence de crinières féroces dans les rangs des hipsters mcgillois, il vise peut-être juste. Paul, barbier dans le ghetto, abonde dans le même sens: «C’est surtout les jeunes de McGill qui en demandent».

Question de méthodologie
Difficile de colliger des chiffres valides sur la coupe Longueuil. Nous nous sommes butés à une sorte d’omerta, de loi du silence, qui prévalait surtout dans les salons longueuillois. Seuls 54 p. cent d’entre eux ont accepté de répondre à nos questions, contre 85 p. cent à Montréal, qui se révèle beaucoup moins complexée par ce tabou difficile. Malgré tout, Laurent Coche, diplômé en actuariat et candidat au fellowship de la Société des actuaires, voit notre enquête d’un oeil positif. Il écrit: «Cette étude est bonne. La méthodologie de recherche a été respectée. La taille de l’échantillon est représentative pour les deux groupes étudiés.  Aussi, la méthode d’échantillonnage a permis d’analyser la composante régionale des résultats.» Seul bémol: il précise que «la coupe Longueuil est tellement “à chier”que toute statistique à son sujet doit être prise avec un grain de selle».

Analyse géographique des résultats
L’offensive hivernale de la coupe Longueuil est entamée, à partir de ses quartiers généraux, dans le centre historique de Longueuil. La stratégie est claire: plutôt qu’un assaut frontal par le pont Jacques-Cartier, risqué et dangereux, le mullet préfère prendre le centre-ville en tenailles, en débordant par le pont-tunnel et le pont Champlain. Une tête de pont est déjà solidement implantée le long du canal Lachine. De là, l’offensive s’infiltre par le boulevard Décarie, et oblique vers l’est à travers Outremont, afin d’opérer la jonction avec le corps d’armées «Anjou». La situation du centre-ville est de plus en plus intenable. Seul espoir: des miliciens de la Petite Italie s’organisent pour empêcher la jonction tant espérée par les généraux longueuillois, ce qui détournerait l’envahisseur vers l’Île Jésus.