Méandres
13 janvier 2009

Les années passent, mais je ne doute guère qu’une fois de plus le retour aux amphithéâtres et aux salles de classes aura été bien hâtif sur le campus de McGill. Si ça peut vous consoler, ici-bas les 24 et 25 décembre ne sont pas synonymes de vacances. Cela dit, le 23 décembre est un jour férié, puisqu’il s’agit de l’anniversaire de l’empereur. Ce jour-là, le palais impérial est partiellement ouvert au public, tandis que les camionnettes noires des ultranationalistes sillonnent les rues de Tokyo en crachant leur vitriol pamphlétaire.

Je ne saurais trop décrire la politique japonaise, sinon qu’on se scandalise de ce que le premier ministre soit semi-illettré (du moins, incapable de lire des kanji –caractères dérivés de l’écriture chinoise – élémentaires). Malgré la récente collection de premiers ministres aux mandats écourtés pour cause d’incompétence, la conscientisation politique semble modeste. Le système paraît fonctionner juste assez bien pour ne pas attiser le courroux des électeurs.

M’enfin, je digresse. Comment avez-vous profité des vacances? Personnellement, je suis allé respirer l’air de Kyoto. Un peu «fristounet», assez pour conjurer de petites averses de neige, mais bien loin des moins vingt degrés qui congelaient votre métropole au même moment. N’empêche, la vieille capitale nippone m’a rappelé Montréal, avec sa horde de cyclistes un peu casse-cou. On apprend à cohabiter sur les mêmes trottoirs, quitte à entendre le «dring dring» des sonnettes assez souvent.

Même s’il s’agissait de ma première excursion dans cette ville qu’on associe habituellement aux geishas et aux maiko-san (les apprenties), j’étais bien pourvu en guides, en cartes et en recommandations gastronomiques. Avant de partir à l’aventure, j’avais demandé conseil aux Yamamoto – ils connaissent bien cette ville, malgré leur préférence pour les charmes rustiques et les temples ancestraux de Nara, ville voisine.

J’ai rencontré les Yamamoto en tant que propriétaires du concessionnaire automobile de la région, mais depuis j’ai fait plus ample connaissance. Il faut dire qu’ils gagnent à être connus. M. Yamamoto possède par exemple un vélo à trois mille dollars et regarde le Tour de France à chaque année. De temps en temps, Mme Yamamoto passe à un café qui fait aussi office d’atelier de céramique tenu par un Français (en fait, dans toute la préfecture, il y a un grand total de deux Français: l’un tient un café, l’autre est maître en arts martiaux).

Les Yamamoto illustrent bien les changements qui se faufilent d’une génération à l’autre. La fille aînée étudie en médecine, ce qui aurait été source de tracas ou marque de rébellion il y a une ou deux générations. De ce que je peux observer, ça demeure quand même l’exception davantage que la règle. Certaines familles continuent à décourager les filles d’entreprendre des études supérieures, sous prétexte qu’elles en seraient plus «difficiles à marier». Il existe encore une forte division des sexes selon les disciplines. J’ai visité dix écoles primaires, dont une seule a à sa tête une directrice.

Quitte à ne pas bousculer le système, au moins on le détourne ou on l’infiltre.