Tension et dénouement
21 octobre 2008

Après une longue réflexion, j’en suis arrivé à la conclusion suivante: si la musique classique nous touche tant, c’est parce que c’est le type de musique qui respecte le mieux certaines règles bien précises de la psyché humaine. C’est la musique qui vient le mieux titiller nos sens, celle qui séduit le mieux nos pulsions intérieures, notre inconscient. Ces règles vous apparaîtront d’abord toutes simples, voire naïves, mais ne soyez pas incrédules, sceptiques lecteurs, et laissez-moi étayer mon propos. La structure d’une œuvre classique se limite à trois étapes successives qui, je l’admets, semblent sortir tout droit d’un cours de français de l’école primaire: introduction, climax, conclusion.  Certes, la formule n’a rien de nouveau dans le domaine littéraire, mais elle devient particulièrement intéressante lorsqu’appliquée au plaisir sous toutes ses formes, et surtout en musique.

Commençons par vous exposer cette théorie par un exemple que vous connaissez bien: la musique populaire. Avec sa structure «refrain, couplet, refrain», elle parvient à nous divertir pendant quelques temps, mais on finit généralement  par s’en lasser. Il y a bien entendu des classiques incontournables et intemporels; ce cas particulier mérite une attention particulière. Prenons «Stairway to Heaven», classique parmi les classiques: la structure «introduction, climax et conclusion» ne s’applique-t-elle pas à merveille? Le fantastique solo de guitare, créant une tension formidable, ne se termine-t-il pas de façon jouissive? Si cette tension et ce dénouement ne se trouvent pas dans la musique en tant que telle, ils se trouvent dans les paroles de la chanson. Tentez d’appliquer cette idée à vos chansons préférées; vous verrez bien qu’elle s’applique à tous coups.

Quelle est l’origine de cette structure presque magique qui nous rejoint immanquablement? Les plus perspicaces d’entre vous, pardonnez-moi l’expression, m’auront vu venir: il s’agit du plaisir le plus primaire, celui de la chair bien sûr. La musique, c’est comme le sexe; l’idée n’est pas aussi ridicule qu’elle n’en a l’air, et en tant que musicien elle a révolutionné ma façon de voir la musique.  Prenons d’abord la première partie de toute pièce qui se respecte: l’introduction. Ceux qui croient pouvoir se passer de toute forme de préliminaires –n’avons pas tous déjà commis cette erreur, messieurs?– sont rapidement (et douloureusement) rappelés à la réalité. Ensuite, en changeant de rythme, de position, on crée progressivement une tension qui mène au «climax». «Mais le sexe, me direz-vous, se termine avec le climax. Il n’y a plus rien par la suite». À cela je répondrai: «Ah oui ? Je vous mets au défi, messieurs, de quitter la pièce juste après ce climax sans recevoir une gifle!» Je vous invite à garder ce parallèle en tête la prochaine fois que vous irez entendre une symphonie de Mahler ou encore un opéra de Wagner. Inspirez-vous de cette belle musique, et devenez à la fois meilleurs musiciens et meilleurs amants. Bach, considéré comme le plus grand compositeur de tous les temps, n’a-t-il pas eu vingt enfants? Cela dit, soyez prudents; quelques coureurs de jupon comme Schubert ne sont pas des exemples à suivre. Souhaitez-vous vraiment mourir de la syphilis ?