L’UQÀM veut briser la grève
18 mars 2008
L’administration demande une injonction de la Cour Supérieure contre ses associations étudiantes en grève.

L’administration de l’Université du Québec À Montréal (UQÀM) a obtenu le vendredi 14 mars dernier une ordonnance de sauvegarde de la Cour supérieure du Québec, valide jusqu’à hier lundi, qui interdit à l’Association facultaire étudiante des sciences humaines (AFESH-UQÀM), l’Association étudiante du module de science politique (AEMSP-UQÀM), l’Association facultaire des étudiants en arts (AFEA-UQÀM) et l’Association facultaire étudiante des lettres, langues et communications (AFELLC-UQÀM) ainsi qu’à leurs membres toute «forme d’obstruction à l’intérieur ou à l’extérieur [de l’UQÀM]». L’ordonnance exige également que les grévistes s’abstiennent «d’intimider, de menacer [ou] d’importuner […] toute personne voulant entrer ou sortir [de l’UQÀM]».

Ces quatre associations sont en grève depuis les 11 et 21 février et 11 et 12 mars, respectivement, pour s’opposer au «charcutage» de leur université qui se trouve dans un gouffre financier. Ils dénoncent notamment l’abolition de certains programmes de maîtrise.

L’interdiction pourrait devenir définitive
L’ordonnance temporaire a été décrétée pour combler le temps entre le dépôt de la demande d’injonction vendredi dernier et l’audience de la Cour supérieure, tenue hier à deux heures. Au moment de mettre sous presse, il était impossible de connaître la décision de la cour. Une injonction en faveur de l’administration de l’UQÀM viendrait briser la grève en empêchant notamment le piquetage qui
permet de bloquer l’accès aux salles de classe.

L’administration de l’UQÀM avait déjà tenté sans succès jeudi dernier d’écraser la grève en convoquant une réunion de la Commission des études de l’UQÀM, l’organe uqamien responsable de la gestion de la vie académique. La commission prévoyait, lors de cette réunion, d’adopter une proposition forçant le retour en classe. Emmanuelle Sirois, responsable de la coordination de l’AFELLC-UQÀM, dénonce le fait que la proposition de la commission visant à obliger un retour en classe «ne [respectait pas] la décision […] prise par les diverses assemblées générales [et] imposait de lourdes conséquences académiques à tous ceux qui continuaient de faire la grève».

Les grévistes bloquent la réunion de la Commission des études
En apprenant qu’une telle proposition allait être adoptée lors de la réunion de la commission le matin du jeudi 13 mars, plus d’une centaine d’étudiants ont organisé un piquetage autour du pavillon Athanase-David, situé au 1430 rue Saint-Denis, où devait se tenir ladite réunion. Certains se sont ensuite introduits au cinquième étage de l’édifice, où se trouvent les bureaux du recteur et des vice-recteurs de l’université. En bloquant l’accès à la salle de la réunion, les étudiants en ont forcé l’annulation.

«C’est évident que c’est pour répondre à cette action spontanée de la part de nos membres que l’administration a déposé vendredi la demande d’injonction contre les associations en grève, mais en fait, on a toutes les raisons de croire qu’elle montait son dossier depuis quelque temps et n’attendait qu’une occasion pour demander l’injonction», a précisé Mlle Sirois. Toute personne contrevenant à l’injonction, si elle est autorisée par la cour, s’exposerait à une peine maximale d’un an d’emprisonnement ou 50 000$ d’amende.

Fred Burril, activiste pour le Groupe d’action et de sensibilisation au pouvoir étudiant (Graspé) et étudiant mcgillois ayant milité avec les grévistes uqamiens à l’automne dernier, s’inquiète de ce que pourraient subir les grévistes: «Ce genre de recours [étant ensuite géré par le Service de police de la ville de Montréal (SPVM)] est dangereux parce que le SPVM a prouvé plusieurs fois cette année combien il n’a aucun scrupule à utiliser la violence pour régler tout problème [avec les étudiants]».

Le mouvement de grève actuel
L’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (ASSÉ) déclarait dans son bilan du 12 mars dernier que «plus de 15 000 étudiants universitaires sont en grève au Québec en ce moment». Ces étudiants sont répartis entre quatre associations étudiantes de l’Université de Montréal et quatre de l’UQÀM.