Retour difficile?
15 janvier 2008

Le choc du 3 janvier est un événement unique à McGill. Alors que les étudiants des autres universités québécoises se prélassent des heures durant dans leur pyjama bien chaud, le Mcgillois doit se lever à l’aube et affronter les effets des changements climatiques afin de mener à bien toutes ses résolutions pour la nouvelle année. Si la rentrée de septembre s’apparente souvent à un concours de qui a vécu «l’expérience internationale» la plus originale et impressionnante durant l’été (tout est permis pour faire des jaloux: jungle amazonienne, traîneau à chiens dans l’Antarctique –notez que la construction d’écoles n’est vraiment plus tendance), les vacances de Noël riment plutôt avec un simple retour à la maison pour quelques jours.

N’empêche. Ce court laps de temps se révèle souvent très instructif. Loin, bien sûr, de «l’apport» du stage avec les petits enfants d’Afrique qui va changer votre vie (saisissez l’ironie), le temps des fêtes vous donne l’occasion de reprendre contact avec la famille et les vieux amis que vous avez tendance à négliger pendant le reste de l’année. Croyez-moi, le choc peut s’avérer plus fort que l’hébergement dans un petit village du Mali.

La bulle universitaire

La situation est typique. Après un repas en famille bien arrosé, le débat politique est lancé sur le dernier dossier chaud. Accommodements raisonnables, élections américaines ou apport de Marie-Hélène Thibert à la chanson québécoise, tous arrivent aux mêmes conclusions. Après quelques minutes de débat où vous défendez des idées «radicales» (dire que les positions d’Hillary Clinton ne sont pas si progressistes que ça n’était peut-être pas une bonne idée après tout), on vous colle l’étiquette d’intello universitaire de service et, surtout, on clôt immédiatement le débat par le classique: «C’est normal d’être utopiste à vingt ans; je l’étais, moi aussi». Sous-entendu: la désillusion et le conservatisme viennent obligatoirement avec l’âge. Quand vous serez devenus plus cyniques et que vous cesserez de vouloir changer le monde, on pourra de nouveau discuter. D’ici là, vous appartenez –malheureusement pour vous- à un monde irréel (l’université), qui vous isole des «vrais» enjeux du «vrai» monde.

La vraie vie

Le régime «métro-boulot-dodo», parce que vous ne côtoierez que vos enfants et vos trois collègues de travail, que vous n’aurez le temps de vous impliquer dans rien puisque la pression au boulot sera trop forte, que vous n’ouvrirez un livre (le dernier John Grisham, très probablement) qu’une fois par an pendant votre semaine de vacances, vous permettra de maintenir un contact constant avec la «réalité». D’ici là, votre régime «cours – travail – à – temps – partiel – implication – dans – diverses – associations – étudiantes – sorties – culturelles – fêtes – et – discussions – avec – une – ribambelle – d’amis» vous empêche d’y voir clair.

L’autre choc

Vient ensuite le second classique du temps des fêtes: les retrouvailles avec les vieux amis du secondaire. C’est le moment où vous aurez à répondre au traditionnel «toi, t’es rendu où?» Les probabilités sont fortes pour que vous ayez à affronter l’expression intriguée de vos pairs lorsque vous avouerez étudier en environnement et philosophie. (N’oubliez pas la mineure en éducation, s’il vous plaît!) Il faudra tout de même attendre le «quoi! tu finis cette année l’université? déjà?» pour qu’on vous prenne pour un extraterrestre.

Heureusement pour vous, le 3 janvier arrive toujours très vite. Dans le temps de le dire, vous retrouvez votre bulle pour «monde irréel» seulement. Bonne rentrée.