Parlez-vous russe?
30 octobre 2007

«Вы говорите по-русски?» Ah ! ce bon vieux temps où l’on savait lire l’alphabet cyrillique! Il semble être bien résolu; l’apprentissage du russe est aujourd’hui en perte de vitesse par rapport à d’autres langues non occidentales, comme le chinois, où les cours sont remplis à pleine capacité. «Après une longue hésitation, j’ai choisi le mandarin parce qu’il me semblait plus utile de le parler dans le contexte international actuel», raconte un étudiant en Études est-asiatiques à McGill. Ceux qui choisissent d’apprendre la langue russe le font souvent pour des raisons familiales –ils ont des origines slaves plus ou moins éloignées– ou simplement parce qu’ils sont intéressés par les questions culturelles ou politiques de la Russie. Mais si avouer pouvoir lire Guerre et Paix dans sa langue originale «fesse » dans un salon, avoir «russe» inscrit dans ses langues parlées sur son CV peut donner accès à de nombreuses opportunités professionnelles.

Non seulement le russe figure comme langue officielle aux Nations Unies, mais surtout, et c’est ce qu’on oublie souvent, la Russie est un pays qui se développe à grande vitesse, en majeure partie grâce au pétrole. Derrière l’image de pouvoir absolu des États-Unis sur la scène internationale, mais aussi celle de pays émergents comme la Chine, dont on n’arrête pas de vanter la croissance économique fulgurante (cliché très répandu chez les économistes), la Russie de Poutine refait surface et aspire à retrouver sa place chez les grands.

Une vision encore très marquée par l’ère soviétique

La Fédération de Russie, créée à la suite de l’éclatement soviétique de 1991, reste toutefois encore perçue négativement dans les pays à l’ouest de l’ancien Rideau de fer. Penser à la Russie, c’est d’abord penser à l’Union soviétique, au méchant Staline avec ses purges contre ses opposants et au bon Gorbatchev qui a permis l’ouverture et la libéralisation du pays. Bref, nous avons gardé ce que les Soljenitsyne et les hommes politiques occidentaux ont voulu nous donner: la répression politique, la dureté de la vie de tous les jours, l’horreur du goulag. D’une part, associer la réalité quotidienne en URSS aux 3653 journées d’Ivan Denissovitch passées dans un camp -non sans reconnaître l’horreur d’une telle chose- est réducteur et incorrect. D’autre part, la Russie est aujourd’hui, en dépit de violations persistantes des droits de l’homme, différente d’il y a vingt ans et il serait légitime d’en finir une fois pour toutes avec la faucille et le marteau.

Un peu de vodka avec votre caviar?

Mais changer de siècle ne suffi t pas. Il faut également casser cette image monolithique de la Russie contemporaine réduite au caviar, à la vodka et à la mafi a. Comme si tout ce qui se passait dans le pays avait avoir avec une mafi a extrêmement riche, qui ne vit même pas en Russie, mais qui se prélasse sur la croisette à Cannes. À quand Le Parrain russe? Je vous l’accorde, les réalités de la classe moyenne de Saint-Pétersbourg sont moins captivantes que celle de la diaspora.

Développement économique rapide, immortalité de Poutine, littérature contemporaine en émergence, artistes expatriés, excès et intolérance, voici la Russie fascinante d’aujourd’hui, que personne n’ose vraiment déchiffrer et dont nous avons voulu parler. Ce numéro spécial tente donc de sortir de la vision clichée offerte aujourd’hui par les médias de masse et, qui sait, peut-être aurezvous envie de vous mettre au russe.
Приятного чтения!
(«Bonne lecture», pauvres ignorants).