Céline au Wal-Mart
30 octobre 2007
En dépit des enjeux sombres dont elle traite, Félicité, d’Olivier Choinière, reste une pièce très comique.

La scène est presque déserte. On ne peut voir que trois tabourets, une table garnie d’un appareil-photo et d’un vase, quelques tas de revues et un four à micro-ondes dans lequel un repas surgelé tourne plutôt tristement. Tout ceci est installé devant un fond blanc. La distribution est tout aussi minimaliste: quatre acteurs qui incarnent, au cours de trois narrations, plus de quatorze personnages. La pièce en question? C’est Félicité, la nouvelle oeuvre du dramaturge québécois Olivier Choinière. Mise en scène par Sylvain Bélanger, du Théâtre de La Manufacture, la pièce est présentée sur les planches du Théâtre de la Licorne jusqu’au 24 novembre.

Les trois fils narratifs qui composent Félicité peuvent confondre le spectateur, même si les liens qui les unissent sont évidents. La trame centrale de la pièce est l’histoire de Caro, caissière chez Wal-Mart, et de ses collègues de travail. C’est à cette partie de la pièce que les costumes portés par les comédiens ainsi que plusieurs aspects des décors (dont le four à micro-ondes) correspondent. En plus de Caro, on rencontre Isabelle, victime d’abus de la part de sa famille, et Céline Dion.

Félicité s’ouvre sur les louanges des collègues de Caro au sujet de Céline Dion et de la manière dont elle s’est comportée au cours d’un récent concert. L’exagération évidente dont est empreinte cette scène, du nombre de détails qu’ils connaissent sur sa vie privée jusqu’à l’amour qu’ils lui vouent, porte à la réflexion sur le culte des vedettes qui domine la culture occidentale contemporaine. C’était d’ailleurs un des buts de l’auteur en rédigeant la pièce. La seule différence: les employés du Wal-Mart n’ont que du bien à dire de Céline, tandis qu’il existe d’innombrables blogues et magazines qui ont pour seul but de détruire la réputation de personnes célèbres.

Malgré le risque de confusion que comporte une oeuvre avec un schéma narratif comme celui de Félicité, cette pièce vaut bien la peine d’être vue. Les quatre comédiens (Maxime Dénommée, Muriel Dutil, Roger La Rue et Isabelle Roy) jouent avec verve et finesse, délimitant subtilement les personnages les uns par rapport aux autres. Les personnages des différentes sous-histoires se ressemblent suffisamment pour éviter de faire subir au public des transitions trop brusques.

En dépit des enjeux sombres dont elle traite, Félicité est une pièce très comique. Le texte est conçu pour faire rire et les comédiens réussissent très bien à maintenir l’équilibre qu’il exige par sa nature à la fois drôle et tragique. Malgré quelques faiblesses, la pièce est une expérience théâtrale agréable, conseillée au spectateur qui n’éprouve pas le besoin d’une fin conclusive et qui est capable de tolérer d’innombrables références à Céline Dion.

Félicité
Où: Théâtre de la Licorne, 4559, avenue Papineau
Quand: Jusqu’au 24 novembre
Combien: 26$ (17$ tarif étudiant)